Michel Slitinsky

Michel Slitinsky

Partie civile dans le procès Papon

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Extraits du dernier ouvrage de Michel Slitinsky :

Procès Papon, le devoir de justice

 

L'introduction de Gilles Perrault

On a raison de dire que Papon ne peut être comparé à un Eichmann ou à un Barbie : il est pire puisqu'il est Français. Voici, pour l'édification des futures générations, l'exemple parfait de l'ignominie ordinaire, l'homme en qui s'incarnent quatre années qui, malgré quelques beaux éclairs, comptent parmi les plus noires et les plus misérables de notre Histoire.

Il y a dans cette affaire un côté Monte Cristo dont le romanesque risque d'égarer le lecteur. Michel Slitinsky, 17 ans, s'échappe par les toits de l'immeuble bordelais envahi par les sbires de Papon, jeune secrétaire général de préfecture à Bordeaux, en 1942. Plusieurs des siens ne rentreront pas des camps. Quarante ans plus tard, Slitinsky et un hebdomadaire courageux foudroient le ministre Papon et mettent un terme à une carrière très brillante et très longue mais qui se reconstitue aisément : il suffit de remonter la file des cadavres. Ni cette action ni ce livre ne ressortissent pourtant à une justice vengeresse. L'auteur ne procède pas à un règlement de comptes, fut-il en l'espèce légitime. Il veut comprendre, et faire comprendre.

Seuls les imbéciles prétendront que les choses étaient simples. Elles ne peuvent pas l'être quand le seul choix, si l'on décide de choisir, est entre la lâcheté et l'héroïsme. A peu d'exceptions près, quarante millions de Français refusèrent l'alternative et se bornèrent au seul courage de survivre, qui impliqua souvent des efforts. Un fonctionnaire, Vichy ou non, est fait pour fonctionner. Nous déplorons que la police française en tant que telle ait, quatre ans durant, raflé les Juifs pour le compte des nazis. Nous savons bien que le flicard de base, s'il refusait les ordres, se portait candidat à l'héroïsme. Il apparaît que le nombre de secrétaires généraux de préfecture héroïques fut, entre 1940 et 1944, extrêmement réduit. La plupart accomplirent machinalement leur sale besogne. C'est aussi à cause d'eux que les jeunes historiens anglo-saxons, peu suspects de parti pris, peuvent à présent dresser l'affreux constat d'une France vichyste allant au-delà des désirs allemands et livrant aux bourreaux plus de chair juive qu'ils n'en exigeaient. Le lecteur trouvera dans ce livre la preuve que Papon fournit des hommes et des femmes que la loi nazie à l'époque, exemptait encore de la déportation. Le 5 avril 1943, les maîtres allemands de Papon à Bordeaux le déclaraient "habile et zélé" et concluaient : "Il est agréable de travailler en commun avec lui." Valet toutes mains de l'occupant, Maurice Papon a gagné ses certificats.

Il a aussi, paraît-il, des certificats de résistance. Puisque Michel Slitinsky publie les documents que des années de recherche lui ont permis de rassembler, Papon devrait bien, de son côté, mettre sous les yeux du public l'inventaire précis et daté de ses actions de résistance, le nom ou le pseudonyme de ses contacts, les adresses de ses boîtes aux lettres, les renseignements qu'il a transmis, les demandes d'éclaircissement supplémentaires que ses chefs n'ont pas manqué de lui adresser à l'occasion : toutes choses qui faisaient l'ordinaire de la vie du résistant. Mais nous devons admettre le postulat de son adhésion à la résistance à compter du 1er janvier 1943 puisqu'un jury d'éminents résistants, réuni à sa demande, en a décidé ainsi, s'attirant ce commentaire, d'un humour typiquement juif, de Maître Serge Klarsfeld : "le jury d'honneur est le premier organe de la Résistance qui déclare publiquement que des juifs de France ont été envoyés à la mort par un résistant français". (Jusqu'au 1er janvier 1943, le non - résistant Papon a fait rafler 812 juifs, dont 107 enfants. A partir du 1er janvier 1943, le résistant fait rafler 770 juifs dont 116 enfants. Pour ses maîtres nazis, et s'agissant de la solution finale, le passage de Papon à la Résistance se traduisit donc par un manque à gazer de moins de dix pour cent.)

1er janvier 1943. Après Stalingrad, El Alamein, le débarquement allié en Afrique du Nord. Pourquoi pas ? Beaucoup ont rejoint plus tard encore les rangs de la Résistance. L'originalité de l'ambidextre Papon, c'est de continuer à enfourner de la main droite les enfants juifs dans les wagons tandis qu'il offre sa main gauche à la bonne cause. Mais il est résistant puisque le jury d'honneur le dit (tout en précisant que la main droite faisait une besogne contraire à l'honneur). Le jury devrait pendre garde car, à trop diplômer des Papon, notre jeunesse, plus portée qu'on ne croit à la morale, finira par préférer, tout bien pesé, un François Brigneau, par exemple, pétainiste convaincu, qui s'engage dans la milice le 6 juin 1944, juste après avoir appris le débarquement en Normandie. Entre les chefs miliciens Darnand et Bassompierre, fusillés au poteau de la libération, images du courage dévoyé, et un Maurice Papon promu préfet dès la Libération et prenant la parole au nom de la Résistance lors d'une grandiose cérémonie devant quinze mille Bordelais abusés, le jury d'honneur ne devine-t-il pas où va le mépris d'un jeune de 20 ans ?

Michel Slitinsky a eu raison de raconter cette histoire tristement exemplaire en gardant tout au long un admirable souci de mesure et d'équité. Même les réactions impudentes de Papon, petit fanfaron du crime, après la parution des articles du Canard enchaîné ne lui ont pas fait perdre son sang-froid. Simplement, l'ignominie doit être nommée. Elle le sera sans doute par la justice. Elle l'est déjà par ce livre.

Gilles Perrault

La prérface de Michel Slitinsky

Le passé que nous remuons sans cesse depuis une quinzaine d'années, comme nous l'avons remué après la rentrée d'octobre 1940 sur les bancs de l'école, quand la République chancelante s'est effondrée et que Bordeaux devenait capitale tragique, sera au rendez-vous de l'automne 1997.

Il aura fallu plus de cinquante ans pour que le drame d'une Saint-Barthélémy à la bordelaise rende ses ombres et pour démasquer le plus haut responsable des haut fonctionnaires de Vichy, devenu étonnamment plus puissant après la Libération que sous l'Occupation.

Carrière exceptionnelle bâtie, il faut le reconnaître, sur la complaisance du commissaire de la République Cusin qui a additionné le plus grand nombre de reconversions et de promotions, malgré l'opposition constante du comité départemental de Libération et grâce à l'opportunisme de certains milieux de la Résistance.

Il restait à analyser les états d'âme d'une communauté qui ne s'est réveillée qu'au retour des camps, pour mesurer l'ampleur du deuil collectif, comme frappée par une tornade qu'on attribuait à la bestialité des nazis, alors que l'appareil répressif mis en œuvre par l'administration préfectorale était en première ligne.

La magistrature recomposait les cours de justice et les tribunaux militaires, au rythme de dizaines de procès par semaine, pour poursuivre les miliciens, indicateurs, trafiquants, jeunes dévoyés, mercenaires antisémites et anticommunistes. Sauf les hauts fonctionnaires hantés par leur carrière, que la lâcheté des juges d'instruction faisait oublier pour faire porter le chapeau à des truands genre Lacombe Lucien - ici Lucien Dehan - rendus responsables de l'arrestation de centaines de juifs, en réalité otages de la préfecture.

Papon pouvait alors étaler un art consommé du maquillage qui aurait pu durer jusqu'à présent sans l'obstination d'une poignée de parties civiles. S'étant mis à la disposition de Vichy, il en est devenu un fonctionnaire zélé et voudrait se faire exonérer de toute responsabilité en se référant à une émission de la BBC de janvier 1942 qui invitait les fonctionnaires à rester en place, tout en ignorant toutes celles qui ont fustigé les exécutants du génocide et développé des informations sur l'extermination à l'Est.

Le recours à la Résistance, qu'il déclare avoir servie depuis le 1er janvier 1943, constitue une "couverture" facile pour celui qui faisait arrêter, escorter, séquestrer et interner.

Sa participation à un plan concerté aux côtés d'une organisation criminelle a conduit la chambre d'accusation à conclure à une violation des principes déontologiques de délivrance de la carte de combattant de la Résistance, incompatible avec une accusation de complicité de crimes contre l'humanité.

Le dossier porté également à l'attention de Mme Léotin réunissait des témoignage prouvant une connaissance du sort définitif des victimes.

On sait que Papon a prétendu tout ignorer de la destination des convois formés à Drancy pour l'Est. Tout au plus, il en a eu connaissance, "comme tout le monde", en avril 1945 !

On veut bien admettre que Papon n'écoutait pas la BBC, qui diffusait depuis août 1942 des informations sur l'exterminations des juifs en Haute-Silésie, pour rendre responsables les autorités de Vichy - donc les préfectures - de concentrer les victimes dans les deux zones, et de les convoyer à Drancy pour une étape meurtrière.

Mais Papon a eu le triste privilège de recevoir chaque matin, sur son bureau, le rapport d'écoute des radios alliées par les R.G.. Sa curiosité a-t-elle laissé place à la douleur ? S'est-il interrogé sur ces voyages vers l'inconnu qu'il réalisait avec ses services et a-t-il fait un rapprochement avec les prévisions de déportations rapportées par Garat au retour de l'escorte du 26 août 1942 ?

De toute façon, le rythme des convois - quatre en 1942 avec huit cent vingt déportés, cinq en 1943, et trois en 1944 avec huit cent quarante victimes - illustrait douloureusement une volonté d'élimination des juifs de la région, inaugurée le 18 juillet 1942 par une lettre de félicitations adressée à la police, et portant aux nues les maîtres d'œuvre qui se réjouissaient de "la satisfaction avec laquelle les Allemands ont enregistré cette action".

Aujourd'hui, alors que le temps a usé les fidèles soutiens, les connivences économiques et politiques, le camouflage évident des historiens alignés et le silence des institutions, nous levons enfin ce voile et pouvons espérer que justice soit rendue.

Michel Slitinsky

 

Le témoignage de Michel SLitinsky

Les Croquis de Michel Slitinsky

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Michel Slitinsky
© Bassignac-Turpin, Agence GAMMA

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