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date dernière modification : 22/07/02

Chronique du 23 octobre 1997

Analyse de la troisième semaine d'audiences
Papon fait de la résistance

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Je me propose de faire une première synthèse d'un point important dans ce procès : la pseudo-résistance de Papon. Non pas qu'en soit, cela ait une grande importance, je suis de ceux qui pensent que si Papon le veut (hé bien) il n'a qu'à être résistant. Ce sera alors un résistant qui sera accusé de crimes contre l'humanité. Mais Papon en fait un argument essentiel à sa défense. " Si je suis resté en poste, c'est parce que j'étais résistant... "

Sans entrer dans le coeur du sujet car il sera débattu plus tard et nos arguments prouvant que l'appartenance de Papon à la résistance n'est basée que sur des faux seront développés à ce moment. L'acte d'accusation retient d'ailleurs cette thèse. " Contrairement à ce qu'affirme M. Papon, rien n'indique qu'il ait appartenu à la résistance. "

Je vous propose de reprendre simplement les arguments développés au cours de ces trois semaines d'audience à ce sujet en cinq points :

  • Premier point : L'avis des résistants authentiques.
  • Deuxième point : Les " on dit " et les " oui, mais ".
  • Troisième point : L'obtention de la carte de Combattant Volontaire de la Résistance.
  • Quatrième point : Le Jury d'honneur
  • Cinquième point : Les interventions ayant un lien avec la résistance.

Premier point de ce dossier, et pour commencer laissons la parole aux résistants authentiques et incontestables.

Maître Blet " Je représente une association de résistants (ANACR) qui s'est constituée partie civile. Je veux dire qu'aucun résistant ne s'est jamais rendu complice d'arrestations ou de déportations de juifs. La défense veut nous faire croire en cette fable qu'un résistant, Papon a procédé à des arrestations et à des déportations, c'est intolérable. Le témoin assoit sa conviction sur la déclaration du jury d'Honneur. Si vous aviez eu connaissance que Papon avait été identifié par les services spéciaux de Londres comme un collaborateur zélé, cela aurait-il ébranlé votre conviction ? "

Robert Flies, vice-président de la 1° Division des Forces Françaises Libres, Titulaire de la Légion d'honneur, Médaillé de la résistance, Croix de Guerre, Médaillé de la France Libre, Officier des Palmes Académiques, est moins indulgent : "En 1944, nous étions 25 000. Par contre, aujourd'hui, il y a plus de 500 000 cartes de Volontaires de la Résistance qui ont été délivrées. Si pendant la guerre, nous avions été aussi nombreux, il n'y aurait jamais eu d'allemands en France, conclut-il, amer." Il serait intéressant d'avoir le numéro de la carte de Papon. (D'après certaines informations, elle porterait un numéro autour de 250 000).

Pierre Messmer interrogé par Maître Varaut sur la qualité de résistant de Papon, reconnue par le Jury d'honneur : " Il est difficile de répondre à cette question, je ne connais pas sa mission ni les enquêtes qu'ils ont menées. " Mais il poursuit en précisant qu'en cette occasion, le jury d'honneur a fait acte de pardon (envers Papon)

Jean Moulin est lui aussi évoqué à l'occasion d'un incident entre Maître Varaut et Maître Boulanger. Le premier déclare que Jean Moulin n'a pas démissionné mais a été révoqué en 1942 et qu'il a appliqué toutes les lois d'exclusion. Maître Boulanger répond " C'est inadmissible, Jean Moulin est révoqué le 18 octobre. Les lois datent du 3 octobre, il s'est tranché la gorge, lui. Il n'a fait déporter personne lui. ". Le président Castagnède intervient alors " ce n'est pas le lieu de porter des accusations contre Jean Moulin, et si cela devait être le cas, je ne le laisserai pas faire. "


Deuxième point de ce dossier, les " on dit ", les " oui mais ",

Maître Blet est le premier à évoquer un argument important concernant la résistance de Papon, l'homme dont on a vu celui qui connaît celui qui a dit qu'il était résistant. Papon ne mentionne jamais un acte de résistance, ses témoins sont les témoins de témoins qui ... Maître Blet a fait justement remarquer à la cour qu'il était surpris de voir un ancien résistant n'avoir aucune histoire de résistance à raconter.

Etonnons-nous aussi avec Maître Touzet, qui demande à M. Genton, un témoin de la défense " Quand après les révélations du Canard Enchaîné, vous dites que Bourgès Monoury vous répond qu'il n'aurait pas gardé un tel homme si les accusations étaient vraies, je ne comprends pas qu'il ne vous ait pas parlé plutôt de ses actes de résistance ? "

Jean Caille autre témoin de la défense avance (mais sans jamais donner de précisions) : " Papon était résistant " c'était les informations qu'on tenait de Londres. " Entre résistants, au club des vieux de la vieille, ça se savait ". Puis, encore " Tout fonctionnaire, résistant ou non, risquait chaque jour sa vie. Mais, je n'ai aucun élément précis sur son appartenance à la résistance. "

Toujours, dans le rang des affirmations sans faits, Philippe Mestre : " Le rôle de Papon dans la Résistance entre 1942 et 1944 explique pourquoi Papon est resté en poste. "

Et encore, Jean Bozzi " J'ai rencontré deux fois Papon, une fois en Corse, j'ai vu deux personnalités connues, Arthur Giovani député communiste et Paul Jacobi, anciens résistants qui tenaient Papon en très haute estime "

Et, toujours, Jacques Genton : " J'ai connu Bourgès Monoury qui m'a dit "Papon était résistant, j'en témoigne "

Ou, ce dialogue entre Claude Bouchinet Serreulles et la cour laisse pantois : " Cusin m'a dit que Papon était avec nous, il a rendu de grands services à la résistance " L'assesseur " Arrivé à Bordeaux, vous n'avez pas été surpris de voir un ancien fonctionnaire de Vichy dans l'équipe de Cusin. Celui-ci, vous a-t-il fait part d'éléments sur la résistance de Papon ? " Claude Bouchinet Serreulles " Non, je n'ai posé aucune question. Cusin n'avait pas à se poser de question, il tenait un homme qui connaissait la préfecture à fond. De Gaulle a dit Papon était des nôtres. " Le procureur général Desclaux " Je demande au témoin des précisions. Il était à Londres jusqu'en 1943. A-t-il entendu parlé de Papon et de sa résistance ? " Claude Bouchinet Serreulles " Non " Procureur général Desclaux " Lorsque le témoin a rencontré Cusin et Papon, il a été présenté comme quelqu'un ayant rendu de grands services à la résistance, peut-il préciser ? " Claude Bouchinet Serreulles " Papon a rendu de grands services. Il donnait des cartes d'alimentation, des cartes d'identité, c'est souvent la somme de petits services qui font de grands services. " Le procureur général Desclaux " Aucun acte précis n'a été donné ? " Claude Bouchinet Serreulles " Non "

Dans le même ordre d'idée, et pour clore ce point, les paroles de De Gaulle sont importantes : " Ha oui, Papon, ce préfet de Vichy, il était avec moi en septembre 1944 à Bordeaux. Il a rendu des services à Cusin à la Libération ". Elles ont été décortiquées avec Olivier Guichard, et il a admis que les services en question sont ceux rendus à (c'est à dire à partir de ou après) la Libération. Mais beaucoup de témoins de la défense ont repris à leur compte ces mêmes paroles pour absoudre Papon. Pour eux, le "à la Libération" se comprenait dans le sens avant la Libération. Rappelons quand même que le BCRA notait Papon pour son activité pendant l'occupation comme collabo.


Troisième point important, l'obtention de la carte de C.V.R. S'interrogeant sur l'obtention par Papon, de sa carte de résistant, Maître Boulanger demande à Maurice Druon, " A quelle date avez-vous fait rédiger votre carte de combattant volontaire de résistant ? " Certainement, Maître Boulanger pensait que Maurice Druon l'avait obtenue de suite après la guerre. La réponse de Druon est un véritable coup de poignard pour Papon. " Cela ne m'intéressait pas, je ne m'en suis pas occupé. " Maître Boulanger " Vous au moins, vous n'aviez pas besoin de cela. Papon lui, l'a obtenue en 1958. "


Quatrième point, le Jury d'honneur, dont la sentence a plongé Papon dans une colère folle. Maurice Druon résume bien son ambiguïté . " Ce jury d'Honneur a reconnu les actes de résistance de Papon, précisant ces actes auraient pu entraîner sa déportation s'ils avaient été connus. Alors je me dis que ce procès est une insulte à leur mémoire. Je sais bien qu'ils ont dit aussi qu'il aurait dû démissionné, faute d'avoir été mandaté par la résistance dès 1942. C'était leur éthique. ". Pierre Messmer a dit trois choses capitales à son endroit.

1°) Le jury voulait faire acte de repentance envers Papon, qu'il ignore tout de la mission et des enquêtes menées par ce jury d'Honneur. Il ne peut pas se prononcer sur l'appartenance de Papon à la résistance.

2°) Qu'il est de l'avis du jury d'honneur, et que faute d'avoir été mandaté par la résistance, Papon aurait dû démissionné qu'il aurait dû démissionné : démissionner (deux fois) et envers Papon, il ignore tout.

3°) Concernant l'accusation de crimes contre l'humanité. Le jury n'a aucune légitimité face à la cour de cassation."


Cinquième et dernier chapitre, les interventions ayant un lien avec la résistance.

Tout cela, d'après Druon et Marie Madeleine Fourcade " c'est un coup des communistes ! "

Ou encore Druon, aujourd'hui, on voudrait faire une victime particulière de plus, les juifs déportés, on voudrait leur faire un statut différent. Mais qu'ont-ils de plus ou de mieux que les résistants ?

Maître Jacob " Je suis indigné par ce qu'a dit Druon, Je suis le fils d'un résistant juif, je n'accepte pas qu'on me dise complice des bourreaux. Non, Maître Rouxel, la chose est trop grave pour que vous en ricaniez (bêtement). "


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Page mise à jour le 14 octobre, 2002

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