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date dernière modification : 22/07/02

Chronique du mercredi 22 octobre 1997
Les limites du supportable franchies par un Druon " maudit ".

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Aujourd'hui, les limites du supportable ont été franchies par un témoin, Maurice Druon, lui pour qui les mots doivent avoir un sens. Il provoque de très fortes réactions d'indignation chez les parties civiles et chez nos avocats, mon père est même obligé de quitter la salle d'audience pour ne pas avoir à écouter l'Ignoble. Notre cher et perpétuel académicien, passant du " Chant des partisans " " Aux Rois Maudits " tient des propos indignes : " Je pose la question : à qui va profiter ce procès ? A l'Allemagne ! Les fils des victimes sont-ils les alliés objectifs des fils des bourreaux ? " Puis s'aventurant dans un nouvel argument de la défense particulièrement inédit " les juifs sont complices de leur propre déportation ". Après Varaut qui accuse de la même complicité les juifs à Drancy. Après Papon et Chaix qui accusent les algériens du même crime à Paris en 1961, Maurice Druon, d'ascendance juive, profane la mémoire universelle de la Shoah par les pires allégations qui emplissent la salle d'assises d'un nuage nauséabond. Deviendra-t-il le témoin maudit de ce procès ? Après ces propos honteux, scandaleux qui n'appellent aucun commentaire, je vous soumets ce poème - réaction reçu au cours de l'audience.

 

[papon2002/proces_bordeaux/audiences/poeme_monzie.htm]

L'audience commence par la remise à la cour d'un télégramme reçu il y a deux jours par Papon d'une famille qui le remercie de les avoir sauvés. Maître Zaoui présente une requête. " La justice a besoin de calme et de sérénité. Elle doit avoir lieu dans la cour. Les tumultes successifs arrivent dans un ordre qui n'est pas dû au hasard. Première opération, la maladie de Papon, deuxième opération, le préfet SDF. Troisième opération, Michel Bergès qui s'épand dans la presse. Cela n'aurait pas d'importance si Bergès n'était pas témoin de la défense. On voit des déclarations insultantes vis à vis de la cour. Elle fait mal son travail, il dit posséder des pièces que la cour ne possède pas. Les magistrats sont accusés de légèreté. Ils ne savent pas faire leur travail. Ceci n'est pas sérieux et cela trouble les débats. " - " Il doit être entendu le premier décembre, il est le seul historien qui abordera Bordeaux sous l'occupation. Il dissimule des documents - il dit je viendrai dire ma vérité. Ma requête est la suivante : comme il fait un tel tapage médiatique, il faudrait que ce témoin soit entendu non pas à la fin mais bien avant vers le 12-13 novembre. Nous ne pouvons pas accepter des opérations qui tendent à faire le procès hors de la cour d'assises. Nous nous arc-boutons pour que la justice ait lieu dans les règles. "

Le procureur général Desclaux " J'avais une déclaration à faire, un certain nombre de points de ma déclaration rejoignent celles des parties civiles. Des bornes inadmissibles ont été franchies. M Bergès dit : Je ne peux pas laisser sans réponse la légèreté de l'instruction, je dois dire que la procédure n'est pas sérieuse. " Il n'est pas acceptable de laisser critiquer et vilipender un dossier. Un témoin ne peut avoir connaissance du dossier et de pièces de la procédure annulée qui auraient dû rester ignorées du dossier, sauf de façon illégale, je n'accepte pas qu'il dise que le ministère public a une analyse fausse. Lors de son audition, il y aura un débat contradictoire. Je précise que j'aurai agi de même s'il s'était agi d'un témoin des parties civiles. Je juge la proposition des parties civiles tout à fait opportune, mais à condition qu'il s'exprime après l'accusé. "

Maître Varaut " Je suis présenté comme le chef d'orchestre d'une stratégie ". Maître Varaut reprend les arguments de Maître Zaoui un par un. L'expertise médicale n'est pas mon oeuvre - nous somme à notre 4ème domicile, la presse a mentionné notre nouvelle adresse, le père du propriétaire a reçu des menaces de mort. Ma stratégie en la matière est le fruit d'une partie civile. Pour Bergès, je m'étonne que Bergès n'ait jamais été cité par les parties civiles ou le parquet. " Finalement, il donne son accord aux propositions faites.

Le président Castagnède " Je souhaite que ce procès ait lieu ici, ce qui se passe au-dehors est insignifiant. Je l'apprends aujourd'hui et je ferai droit d'une requête de toutes les parties. "


Le premier témoin de la journée est Mme Chapel Ginette, 83 ans.

Le président Castagnède " Je vous entends non pas comme témoin, puisqu' il a été passé outre à votre audition, mais en vertu de mon pouvoir discrétionnaire. "

Mme Chapel " J'ai connu Papon en 36, il y a eu la guerre, on s'est retrouvé à Vichy, la vie était monstrueuse. J'avais trois enfants quand je suis venue à Bordeaux, je témoigne, ici en tant que mère, en tant que femme. " Mme Chapel évoque la vie à Bordeaux en 1942 puis donne des précisions sur Papon. " Les allemands ont perdu la guerre quand ils ont fait exécuter les arrestations d'enfants par des français. " Je me dis alors, enfin, quelqu'un qui reconnaît la responsabilité de Papon. C'est la première femme que nous entendons qui parle avec son coeur. Aussi, dans son désir maladroit de défendre Papon, elle commet quelques erreurs à son désavantage. Mais c'est devenu une habitude, les témoins à décharge ont souvent été involontairement à charge pour Papon. Par exemple, elle précise : "Ce n'est pas Papon qui allait chercher les juifs, c'est la police " Oublierait-elle ou ignorerait-elle qui donnait les ordres ? " Puis emportée par son émotion, elle appelle Papon son mari. Elle explique que son mari s'est suicidé trois mois après la sentence du Jury d'Honneur. Qu'il s'était plaint de ne pas avoir été entendu ? De quoi Chapel se plaignait-il ? De ne pas avoir été entendu, alors que le jury d'Honneur était si favorable à Papon ? Puis maladroite, affirme " Il faut que Papon soit courageux, il faut qu'il soit résistant. "

Malgré les demandes de Maître Blet, elle ne connaît pas de faits précis de la résistance de Papon, il faisait des faux papiers, il faisait passer des gens en Espagne. " Puis conclut à la demande du président Castagnède sur un émouvant " Je ne serai pas soulagée, même mes petits enfants juifs m'ont supplié de ne pas venir soutenir un assassin. "


Une personne du public se lève alors " C'est une honte, Dieu est amour, Papon est innocent. "

Le président Castagnède la fait évacuer.


Le second témoin est Jean-François Cohen-Steiner, écrivain et chercheur. " J'ai écris plusieurs livres, le plus connu est sur Treblinka, à 5 ans, juif, j'ai vu mon père se faire arrêter, il a été déporté, on m'a dit qu'il ne reviendrait pas. " (A moi-même, je me dis, enfin, un qui savait. Celui qui le lui a dit connaissait la solution finale.)

Il rencontre Papon en 1966, et le voit souvent. Il a éprouvé pour l'homme de la sympathie. Papon lui a montré la mitraillette reçue d'Israël avec modestie et fierté. " Papon m'a dit qu'il avait été dans une sous préfecture pendant la guerre sans me préciser laquelle. " (Au moins, on voit que les avocats lui ont donné la leçon. Ce sera donc le premier témoin à avoir entendu Papon de son rôle pendant la guerre. Tout arrive.) En 1981, il est très troublé, d'abord, il hésite à le rencontrer. Il rencontre les grands résistants du Jury d'honneur. Marie Madeleine Fourcade lui déclare " c'est un coup des communistes ! "


A cet instant, Papon se sent mal et le président Castagnède interrompt l'audience.


L'audience reprend après une demi-heure. Le témoin reprend " Pierre Bloch m'a déclaré que l'accusation de crimes contre l'humanité n'était pas justifiée, bien que depuis, reconnaît le témoin, il soit revenu sur ses propos. " Puis le témoin cite le cas d'un ami juif de Papon qu'il a aidé avant la guerre. " La plus grande qualité d'un homme est de voir la détresse dans un autre homme. Un tel homme ne peut pas être un criminel contre l'humanité. Papon s'est peut-être trompé, le manche de la cuillère était peut-être trop court quand il a mangé la soupe nazie, Nous jouons ici, une sinistre comédie. "

Le président Castagnède le reprend " les jugent ne jouent pas la comédie. Je ne tolère pas qu'on dise quelque chose sur les juges "

Jean-François Cohen-Steiner " J'en ai terminé "

Le procureur général Desclaux " Rappelle pour la dernière fois que l'instruction a été longue, 5364 documents, 95 auditions, etc.. Le témoin a expliqué sa démarche, le 6/10/1988 il a dit que pour obtenir sa conviction, il avait fait une enquête approfondie. De quoi s'agit-il ? Des rencontres avec Marie Madeleine Fourcade, Meyer, Riquet ? "

Jean-François Cohen-Steiner " J'ai consulté tous les documents disponibles "

Le procureur général Desclaux " Lesquels ? "

Jean-François Cohen-Steiner " C'était en 1988, je n'ai pas la mémoire que vous me prêtez "

Le procureur général Desclaux " Y avait-il des pièces qui ont échappées à la cour ? "

Jean-François Cohen-Steiner " ... " Le président Castagnède " Monsieur, il faut que nous étayions notre conviction, répondez. "

Jean-François Cohen-Steiner " Les pièces du Jury d'Honneur, le livre de Slitinsky, les rencontres avec les résistants du jury d'Honneur, le rapport des experts "

Le Procureur général Desclaux " en 1988, le rapport d'experts n'avait pas être diffusé, je m'étonne que ce rapport ait été connu du témoin " Jean-François Cohen-Steiner " Je l'ai eu , j'en ai parlé avec Delarue ".

Maître Klarsfeld " Vous avez dit que Beate Klarsfeld, à qui la France doit tant, qui a connu les prisons sur tous les continents, à qui la France doit d'avoir eu le procès Barbie, vous avez dit de Beate Klarsfeld qu'elle était liée à la Bande à Bader ? Et vous, êtes-vous le juif qui fait partie de la bande à Papon ? "

Jean-François Cohen-Steiner " Vous êtes un peu jeune monsieur. "

Le président Castagnède tente de s'interposer puis demande au témoin de répondre sur Beate Klarsfeld.

Jean-François Cohen-Steiner " Ce n'est pas injurieux. "

Le président Castagnède " Vous ne retirez rien ? "

Jean-François Cohen-Steiner " C'est une information, ou plutôt un bruit "

Le président Castagnède " C'est une information ou c'est un bruit ? Le jury d'assises doit être au fait de toutes les informations fournies. D'où tenez-vous cette information ? "

Jean-François Cohen-Steiner " Alors, je préfère ne pas parler sous serment... "

Le président Castagnède "Alors, n'en parlons plus ".

Un avocat " Le témoin fait-il partie du comité de soutien de Papon ? "

Jean-François Cohen-Steiner " Oui, je défends Papon "

Des bruits dans le public. Les avocats font taire Klarsfeld d'un " ce n'est pas la peine d'insister ".

Quand le président Castagnède annonce " Plus rien ne s'oppose au départ du témoin " Maître Levy " nous en serons tous soulagés ", mon père à mes côtés " Le plus vite sera le mieux ". Et à son passage devant nous, une voix s'élève " Voyou ".


Maurice Druon arrive enfin, 79 ans, secrétaire perpétuel de l'académie française, ancien ministre, ancien député, ancien des F.F.L. " J'avais l'honneur d'être l'ami de Marie Madeleine Fourcade, une héroïne parmi les héroïnes. J'étais l'ami du Révérend Père Riquet, un religieux qui n'aurait pas eu besoin de faire acte de répentance. J'étais l'ami de Jean Pierre Bloch, tous membres du jury d'Honneur, de nombreux ont été entendus. Ce jury d'Honneur a reconnu les actes de résistance de Papon, précisant que ces actes auraient pu entraîner sa déportation s'ils avaient été connus. Tous les témoins sauf un, l'introducteur de ce procès (Serge Klarsfeld) ont dit que l'accusation de crimes contre l'humanité n'était pas justifiée. Alors je me demande en voyant ce procès si les membres et les témoins de ce jury d'honneur ont été oublieux ou bien débiles. Alors je me dis que ce procès est une insulte à leur mémoire. Je sais bien qu'ils ont dit aussi qu'il aurait dû démissionné, faute d'avoir été mandaté par la résistance dès 1942. C'était leur éthique. En 1941, je voulais rejoindre De Gaulle, mon chef de corps m'en a dissuadé. Je reconnais aujourd'hui que je n'ai pas eu le courage de désobéir. J'aurai pu alors entrer dans la préfectorale. J'ai refusé. Mais je suis forcé de nuancer cette décision. C'était un fonctionnaire de Vichy avec francisque qui me fournissait les faux papiers pour sauver nos compagnons. Lequel prenait le plus de risques lui ou moi ? (S'adressant au jury) Un jury populaire de 35 Millions d'électeurs a élu à deux reprises un président qui a porté et mérité deux décorations la francisque et la croix de la résistance. La découverte de l'affaire entre les deux tours d'une élection quand on sait que discréditer un ancien préfet de De Gaulle et un ministre d'un des deux candidats est important." Puis il continue "La découverte de cette affaire entre les deux tours d'une élection présidentielle - Ce mélange avec une accusation de crime contre l'humanité a quelque chose d'éc¦urant. - Le préfet Sabatier a succédé à un préfet outrageusement collaborationniste - Sabatier a essayé de purger les collabos à son arrivée à Bordeaux (il faut tout entendre !! ) - Il n'aurait pas engagé un Papon collabo - Je suis ici comme témoin de moralité - C'est la morale qui m'importe - C'est la vieille morale d'Aristote qui m'inspire. Juger également deux choses inégales est aussi injuste que juger inégalement deux choses égales - Papon est un homme très intelligent il a toujours été très patriote - C'est donc au nom de la morale que j'ai accepté de témoigner. Avec la mémoire du temps je regarde ce jury et sa jeunesse avec émotion - mes nombreux camarades sont morts pour que cette jeune génération puisse vivre libre et accomplir son devoir de citoyen " Puis le témoin parle de l'époque, des conditions de famine, du froid qui régnait, "On ne savait pas la solution finale" - Il a été le premier à en parler à Londres à Noël 1943 dans une émission destinée aux résistants. - Il y avait d'autres camps en France, camps d'anglais, camps de républicains espagnols, offlags, stalags, en tout 1 million et demi de français. "Aujourd'hui, quand on parle des camps d'extermination on a dans les yeux, les films, les reportages. J'ai été un des 25 premiers officiers a visionné les films de la libération de Bergen Belzen. C'est là que j'ai vu pour la première fois les chambres à gaz, les monceaux de cheveux, les enfants errant à travers les cadavres, les cadavres tellement nombreux qu'on les poussait au Bulldozer, cette troupe hagarde de squelettes errant avec la mort dans les yeux. De ces camps, de nombreux amis sont revenus. Froissard, Matteoli... Avant le printemps 45, on ne savait pas ... Si on avait su, il n'y aurait pas eu de secrétaire général signant des ordres de déportation... (En moi-même, encore un aveu). Si on avait su, il n'y aurait pas eut autant de morts... Si on avait su, il y aurait eu beaucoup moins de juifs attendant passivement leur sort... Si on avait su, (les protestations montent de nos rangs, Druon, nous apostrophe, oui j'entends vos protestations, mais je ne me laisserai pas influencer) Si on avait su, les juifs seraient partis, auraient franchi les frontières, les montagnes à n'importe quel prix... ( C'en est trop, mon père écoeuré quitte la salle d'audience. L'insupportable est atteint, on va bientôt être les responsables. Comme pour 1961, ca va encore être les victimes qui sont coupables.) Si on avait su, l'UGIF N'AURAIT PAS FAIT CETTE DISTINCTION ATROCE ENTRE LES JUIFS FRANCAIS ET ETRANGERS. Ils n'auraient pas apporté leur aide aux allemands. ( Et voilà, on y est ). Alors que fait-on ici ? Pétain a été jugé et condamné. Laval a été exécuté dans des conditions atroces... (Le pauvre !). Il y a eut en leur temps les comités d'épuration. Voilà qu'aujourd'hui, on recommence. Avec le Général, on avait fait en sorte de mettre toutes victimes ensemble dans un même souvenir. Aujourd'hui, on voudrait faire une victime particulière de plus, les juifs déportés, on voudrait leur faire un statut différent. Mais qu'ont-ils de plus ou de mieux que les résistants ? Les coupables sont en Allemagne - ils me semblent que les parties civiles sont animés d'un esprit de vengeance et font croire qu'ils sont animés d'un esprit de Justice. A qui va profiter ce procès ? A l'Allemagne. LES FILS DES VICTIMES SONT AUJOURD'HUI LES ALLIES OBJECTIFS DES FILS DES BOURREAUX.

Maître Mairat "Je suis surpris, ce témoignage n'apporte rien, ne comporte aucun élément pour Papon. Maurice Druon contredit la vérité factuelle et historique. Il dit qu'il est le premier à avoir parlé des camps à Noël 43. Mais ignore-t-il qu'on en parlait dès 1942 ? Et il cite un extrait de l'émission d'où il extrait "les allemands utilisent des chambres à gaz". C'était deux ans plus tôt , c'était en 1942. "

Maurice Druon "J'ai dit un des premiers"

Maître Klarsfeld " Vous dites Papon a obéi à des instructions allemandes. En dehors de ces instructions, il n'aurait pas agi. Papon ne s'est il pas impliquer de lui-même dans cette sinistre histoire en acceptant d'être nommé aux questions juives ?"

Maurice Druon "Les instructions étaient claires, restez à vos postes le plus longtemps possible. Papon était dans les F.F.L. (grondement dans la salle) euh !, dans les F.F.C. Même si Papon était bien noté par les allemands, il a suivi les consignes."

Maître Klarsfeld " Connaissez-vous le statut des juifs ? "

Maurice Druon "Oui"

Maître Klarsfeld " Ne croyez-vous pas alors que de toute façon, parce que vous êtes issu d'une famille juive il vous aurait été interdit de travailler sous les ordres de Papon en 1942 ? "

Maurice Druon, indigné "Je suis catholique, je ne supporte pas qu'on oppose mon ascendance juive à mon ascendance catholique. Oui, mon oncle Kessel était juif. "

Maître Klarsfeld " Si la France d'aujourd'hui ne juge pas la France d'hier, alors la France de demain continuera d'envoyer des enfants à la mort " (applaudissements dans la salle).

Maître Jacob " Je suis indigné par ce qu'a dit Druon, Je suis le fils d'un résistant juif, je n'accepte pas qu'on me dise complice des bourreaux. Non, Maître Rouxel, la chose est trop grave pour que vous en ricaniez. J'ai remarqué que Maurice Druon n'a jamais parlé des lois anti juives de 1940 et 1941 dans son portrait de la France de l'époque. Connaît-il au moins les propos du général De Gaulle "

Maurice Druon les cite, mais mal.

Maître Jacob " Non, ce ne sont pas les vraies paroles. De Gaulle a dit Ah oui, Papon ce fonctionnaire de Vichy. Vous avez oublié Vichy, monsieur Druon. Quelle aurait été votre position si vous aviez été aux affaires juives ? "

Maurice Druon " Je n'ai pas accepté de rentrer dans la préfectorale. Pour les lois anti juives, je l'ai dit de façon implicite. "

Maître Jacob " Vous auriez dû les dire au jury de façon explicite. "

Maurice Druon " Si je ne l'ai pas fait, c'était une omission de ma part. "

Maître Zaoui " Vous dites que le crime contre l'humanité, ce sont les chambres à gaz. Mais quand commence-t-il exactement ? "

Maurice Druon " Le crime est dû aux hitlériens et à eux seuls. "

Maître Zaoui " Je vous cite la nature du crime contre l'humanité, il consiste en l'arrestation, la séquestration et la déportation. N'avez-vous pas le sentiment qu'il commence par le fichage des juifs pour finir à Auschwitz ? "

Maurice Druon " Les crimes contre l'humanité, ce sont les ordres allemands et Vichy indigne en est le complice "

Maître Zaoui " Pensez-vous que ceux qui ont été condamné comme traîtres à la patrie ont commis un crime contre l'humanité ? "

Maurice Druon " .Alors un gendarme est aussi un criminel... "

Maître Zaoui " Un gendarme, pas forcément, mais celui qui donne les ordres, oui. Vous dites qu'on fait une catégorie particulière des juifs aujourd'hui, vous dites qu'à la fin de la guerre De Gaulle voulait que toutes les victimes soient réunies. Le 11 Novembre 1945, Place de l'Etoile, il y avait 11 cercueils symboliques, représentant chacun une catégorie de victimes, les combattants, les aviateurs, etc. une seule catégorie n'était pas représentée, celle des déportés raciaux. "

Maurice Druon " C'est faux, dans les soldats français, il y avait des juifs. "

Le président Castagnède " Il est clair, Monsieur Druon, que dans le coeur de certains, il manquait symboliquement un cercueil "

Maître Blet " Je représente une association de résistants (ANACR) qui s'est constituée partie civile. Je veux dire qu'aucun résistant ne s'est jamais rendu complice d'arrestations ou de déportations de juif. La défense veut nous faire croire en cette fable qu'un résistant, Papon a procédé à des arrestations et à des déportations, c'est intolérable. Le témoin assoit sa conviction sur la déclaration du jury d'Honneur. Si vous aviez eu connaissance que Papon avait été identifié par les services spéciaux de Londres comme un collaborateur zélé, cela aurait-il ébranlé votre conviction ? "

Maurice Druon " Je n'étais pas au BCRA, je ne peux pas dire... "

Maître Boulanger " A quelle date avez-vous fait rédiger votre carte de combattant volontaire de résistant ? "

Maurice Druon " Cela ne m'intéressait pas, je ne m'en suis pas occupé. "

Maître Boulanger " Vous au moins, vous n'aviez pas besoin de cela. Papon lui, l'a obtenue en 1958. "

Maître Varaut " 1945 "

Le président Castagnède " La cour examinera ce point plus tard. "

Puis le témoin est interrogé par la défense qui lui demande si c'est vrai que De Gaulle n'a jamais parlé du génocide dans ses mémoires.

Maurice Druon, très bien informé, (je dirai trop bien) cite les pages en question.

Maître Boulanger " C'est faux, De Gaulle ne parle jamais de génocide. Les mots ont un sens et vous le savez aussi bien que moi " Maître Varaut le reprend, parle du procès de Nuremberg, qui ne parle de génocide que sur 7 pages.

Le président Castagnède " Dit-on ici que De Gaulle ne parle jamais de génocide ? "

Maître Boulanger reprend son affirmation.

Maurice Druon " Si De Gaulle n'en a pas parlé, c'est que le mot ne s'employait pas à l'époque "

Le président Castagnède " Nous ne sommes pas ici à l'académie française à faire le dictionnaire. "

Papon " J'observe une dérive évidente des parties civiles de vouloir faire le procès de De Gaulle. "


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Page mise à jour le 14 octobre, 2002

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