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date dernière modification : 17/10/02

Chronique du 11 octobre 1997

ANALYSE DE LA PREMIERE SEMAINE DU PROCES :
LA COMPARUTION LIBRE DE PAPON, VICTOIRE OU DEFAITE ?

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11 octobre 1997

ANALYSE DE LA PREMIERE SEMAINE DU PROCES :

LA COMPARUTION LIBRE DE PAPON, VICTOIRE OU DEFAITE ?

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Musique Lanaud - Romieux

Cette première semaine d'audience nous a apporté de nombreux enseignements.

Le premier enseignement est la redoutable occupation de la scène par Maître Varaut qui, par ses actes, a fait que le procès, après trois jours, n'a toujours pas commencé. D'ailleurs commencera-t-il vraiment, compte tenu de sa demande d'annulation pure et simple du procès ? Nous le saurons mercredi. Nos avocats sauront-ils regagner ce terrain qu'ils n'auraient jamais dû abandonner ?

Le deuxième enseignement est le soulagement des parties civiles devant la fermeté du ministère public.

Le troisième enseignement est l'arrogance et la morgue insupportables de Papon et de sa défense.

1/ Arrogance, quand il traite la Cour d'incompétence lors de sa demande d'annulation du procès.

2/ Morgue quand il se moque des jurés d'assises, en entamant le procès par un incident avant même qu'ils ne soient désignés.

3/ Arrogance, quand il se moque du procureur général qui déclarait n'avoir pas apprécié " la manière " dont Papon s'était plié au contrôle judiciaire qui lui a été imposé en août.

4/ Morgue, enfin, quand Papon renvoie les victimes vers les poubelles d'Antenne 2 et de L.C.I. y chercher ses remords.

5/ Arrogance ou plutôt lâcheté de Papon quand il rejette sa propre responsabilité sur Sabatier.

Le Quatrième enseignement est l'AVEU FABULEUX DE PAPON, bien décortiqué par Maître Levy : Papon déclare, et a toujours déclaré : " je n'ai fait qu'obéir". Papon dit avoir obéi à la Loi. Mais la Loi de Vichy ne parlait que d'exclusion des Juifs. Par leur arrestation, leur séquestration, leur déportation de Mérignac à Drancy, puis de Drancy à Auschwitz, à quelles lois obéissait Papon ? N'était-ce pas là faire allégeance à la loi nazie ?

Revenons maintenant sur la décision de remise en liberté de Papon, il est évident que je m'associe aux réactions de Maître Klarsfeld, de Michel Slitinsky, de Juliette Benzazon, de René Jacob. La chose était trop grave pour garder notre dignité, notre colère était justifiée.

Mais maintenant, tâchons de regarder de plus près les conséquences de cet acte. Bien sûr, il faut s'y plier, nous avons fait appel à la justice, ce n'est pas pour la rejeter quand son premier acte nous est défavorable. Il y a à la fois des conséquences positives et des conséquences négatives. Et, me semble-t-il, la balance penche vers les positives.

Les conséquences, que je trouve pour ma part, négatives :

1°) Le Président Castagnède ne me semble pas très logique pour deux raisons. Un, il voulait, le procureur et l'avocat général voulaient, les parties civiles VOULAIENT UN PROCES ORDINAIRE, cette décision exceptionnelle même si elle est courageuse, même si elle prouve l'indépendance de la Cour, même si elle dit le droit, fait de ce procès un procès exceptionnel. Deux, il se préoccupait de l'état de santé de Papon, mais en quoi le fait de loger dans le Médoc (donc à au moins 20 kilomètres de Bordeaux ! ) Est-il plus profitable que de l'incarcérer en milieu hospitalier, comme le préconisaient les experts médicaux et le ministère public ?

2°) N'est-ce pas faire une parodie de justice, que nous dire, avant même que le procès ne commence, que de toute façon Papon sera peut-être condamné, mais que, si tel est le cas, il faudra attendre la cassation pour voir appliquer la Loi ? Là encore, une mesure exceptionnelle pour un procès ordinaire.

3°) N'est-ce pas une insulte que de donner à Papon plus de privilèges que n'en a jamais eus aucune victime de la SHOAH ? Qu'en pensent nos bébés, nos vieillards, dont certains étaient extirpés hors de leur lit d'hôpitaux ? Que signifie aujourd'hui, quel sens cela a-t-il vraiment, de dire que le crime contre l'humanité est le crime le plus grave de notre droit ?

4°) Quelle devra être notre réaction, quand Papon n'ira plus dans sa cage de verre ? Viendra-t-il s'asseoir à côté de moi ? Devrai-je alors quitter la salle d'audience ou mieux, peut-être devrai-je aller dans le box des accusés ?

5°) Puisque Papon n'est plus la victime expiatoire, a-t-il retrouvé son rôle de Bourreau ?

6°) Bien et normale, la demande à Lionel Jospin de proposer une nouvelle loi pour que la peine s'applique à Papon dès la fin de son procès. Là aussi, j'y vois deux gros écueils :

Il n'est jamais bon de faire une loi générale pour régler un cas particulier.

Imaginons que la loi soit discutée pendant le procès (sinon cela ne sert à rien) qu'est-ce que cela signifierait ? Ce serait la loi Papon ? Le débat Papon ? Là encore où serait le caractère ordinaire de ce procès ? Sans parler du ridicule de la situation.

7°) Sur le fond, la décision est bonne et juste. Mais, je ne me suis pas porté partie civile pour faire avancer la loi. On se trompe de débat. Et nous dire d'appliquer une décision équitable dans le respect des droits de l'homme en faveur de Papon. Là, c'est très difficile à avaler.

Les conséquences que je trouve positives :

1°) Dès le départ, plusieurs parties civiles étaient pour la comparution libre de Papon. Maître Varaut l'a rappelé à Maître Boulanger. Il ne peut donc pas s'attribuer cette décision comme une victoire.

2°) Papon n'est plus jugé de façon ''inéquitable''. Maître Varaut lui-même l'a déclaré (peut-être un peu rapidement). C'était même le principal argument de Maître Varaut pour la demande de mise en liberté. IL DEVRA DONC EN TIRER TOUTES LES CONSEQUENCES. Dans le même ordre d'idées, si Papon n'est plus la victime expiatoire, que redevient-il ? Un simple accusé ? Un criminel contre l'humanité ? Un bourreau ?

3°) Papon est maintenant obligé de venir se défendre, s'il est absent, on ira le chercher entre deux gendarmes. CA C'EST UNE GRANDE VICTOIRE. Il ne peut plus se dérober, et on pourra s'expliquer sur chaque document, sur chaque témoignage. Car, il faut le dire, la menace de le voir se dérober était sérieuse, la tentation d'imiter Barbie trop forte.

4°) On parle un peu vite de délai d'un an et demi pour un pourvoi en cassation. Le dernier dont nous avons bénéficié et qui a conduit Papon devant la Cour d'assises était intervenu au bout de 4 mois.

5°) Le plus important n'est-il pas d'obtenir la condamnation de Papon ? Vu son Etat de santé, combien de temps tiendrait-il en prison ?

6°) Papon, avec l'orgueil qu'on lui connaît, ne va plus se tenir. Et notre meilleur atout, c'est sûrement, l'arrogance même de Varaut et de Papon.

Alors en fin de compte, défaite ou victoire ? A tout le moins, il faut y regarder de plus près.

(c) Copyright 1997, J.M. Matisson


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Page mise à jour le 14 octobre, 2002

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