Extrait de l'audience du 31
octobre 1998, Maître Alain Jakubowicz interroge Paxton :.............
2
Extrait de la plaidoirie de Maître Alain Jakubowicz, le 12 mars 1998 :..................................................
3
LOI
portant statut des Juifs............................................................................................................................................
4
LOI
sur les ressortissants étrangers de race juive..........................................................................................
5
LOI
du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs..........................
6
Décret
n°1301 du 6 juin 1942 réglementant, en ce qui concerne les Juifs, les
professions d'artiste dramatique, cinématographique ou lyrique.......................................................................................................................................
9
Extrait de l'interrogatoire de Papon par l'Avocat général sur les
attributions de Papon au ministère de l'intérieur :..................................................................................................................................................................................
9
Extrait de la déposition de Paxton, interrogé par Maître Jakubowicz...............................................
10
LOI
DU 3 OCTOBRE 1940..........................................................................................................................................................
11
CHRONOLOGIE
DE LA COLLABORATION..............................................................................................................................
12
1940.............................................................................................................................................................................................
12
1941.............................................................................................................................................................................................
13
1942.............................................................................................................................................................................................
14
1943.............................................................................................................................................................................................
15
1944.............................................................................................................................................................................................
15
1945.............................................................................................................................................................................................
16
Maître Jakubowicz " Je ne poserai que des
questions courtes au Professeur Paxton que je remercie de son brillant témoignage.
Je rappelle aussi que Paxton a été le premier à s’intéresser à cette période.
En 1940, Pétain prend le pouvoir, pouvez-vous rappeler la chronologie des
lois antijuives ? "
Robert Paxton " Pétain prend le pouvoir le 10
juillet 1940. La première loi date du 17 juillet, c’est l ’exclusion de
la fonction publique des étrangers. Le 08 août, c’est l’annulation de la
loi Marchandeau qui interdisait les propos antisémites. Le 3 octobre, c’est
la première loi antisémite. En mars 1941, c’est la création du
commissariat aux questions juives. Le 22 juillet 1941, c’est la deuxième
loi sur le statut des Juifs. "
Maître Jakubowicz " Peut-on dire que la législation
antijuive était une obsession de Vichy ? "
Robert Paxton " C’est un des thèmes
constants, mais pas le seul."
Maître Jakubowicz " La législation antijuive
était-elle connue de la population française ? "
Robert Paxton " Certainement, cela ne fait aucun
doute. Il était impossible de l’ignorer, quand on ne voyait pas revenir un
collègue à son travail ou quand un instituteur ne voyait plus certains
enfants revenir en classe. "
Maître Jakubowicz " Cet ensemble législatif,
non voulu par les Allemands est-il un cas unique en Europe ? "
Robert Paxton " Oui, on ne peut pas dire que
cela n’a pas existé ailleurs, mais pas à ce point. Il y a les cas de la
Hongrie et de l’Italie. La France n’est pas seule dans ce cas. Mais en
France, les Allemands n’ont jamais rien demandé au début. "
Maître Jakubowicz " En 1941, Kurt Litchka dit :
il convient de laisser aux Français le soin d’organiser les déportations,
cela évitera les réactions dans la population française. Le confirmez-vous
? "
Robert Paxton " Oui, j’ai lu ce texte, il y en
a d’autres qui vont dans le même sens. Les allemands étaient contents que
le gouvernement de Vichy soit le seul responsable. "
Maître Jakubowicz " Il y a eu des rafles dès
1941 ? "
Robert Paxton " Oui, trois en 1941 à Paris. Le
14 mai, 5000 Juifs sont arrêtés par la police municipale. Août 1941,
nouvelles arrestations après les premiers attentats de la résistance. Décembre
1941, c’est la rafle des notables Juifs, toujours pour les mêmes raisons.
La plupart seront gardés dans les camps et les survivants partiront avec les
premiers convois de 1942. "
Maître Jakubowicz " Le commissariat aux
questions juives indique, dans un texte, que ce sont les autorités allemandes
qui ont pris la décision, que la population est remontée. "
Robert Paxton " C’est faux, c’est l’avis
du rédacteur de la note, pas la vérité. "
Maître Jakubowicz " En 1941, la loi du 22
juillet sur l’aryanisation joue-t-elle un rôle dans la déportation ?
"
Robert Paxton " Oui, sans aucun doute, cette loi
a rendu les Juifs beaucoup plus vulnérables. Quand les déportations
arrivent, ils ne savent plus où se cacher. "
Maître Jakubowicz lit une note adressée au préfet
de la Gironde signée de Papon, demandant au président des avoués de tout
mettre en œuvre pour aryaniser et organiser la spoliation des biens juifs.
" D’autre part, pouvez-vous nous expliquer à quoi correspond
exactement la conférence de Wanzee du 20 janvier 1942 ? "
Robert Paxton " C’est la fin de la politique
d’expulsion et le début de la politique d’extermination générale en
Europe. "
Maître Jakubowicz " Pouvez-vous confirmer
qu’en France occupée comme en France non occupée, les arrestations et les
déportations se font sans aucune difficulté ? "
Robert Paxton " Oui, tout à fait. "
Maître Jakubowicz cite alors un texte d’une note
adressée au préfet de l’Oise par un commissaire, qui relate
l’arrestation d’un magistrat. Le texte est très chargé d’émotion.
"
Le Président Castagnède " Je lirai intégralement
ce texte plus tard. "
Maître Levy revient sur la politique italienne en
France. " Est-ce vrai que les Italiens s’opposaient aux policiers français
pour empêcher les arrestations et les déportations ? Est-ce vrai que les
italiens ont attaqué un camp de prisonniers français pour les libérer ?
Est-ce vrai qu’ils ont refusé d’apposer leur visa aux déportations ?
Est-ce vrai que Laval a répondu aux Allemands, en disant qu’il était
d’accord pour qu’on libère les Juifs italiens mais qu’il protestait
quand il s’agissait des Juifs français et étrangers ? "
Robert Paxton " Oui, tout à fait. Le sort des
Juifs était bien meilleur sous l’autorité italienne que sous celle de la
France. "
Maître Levy lit ensuite un document montrant que les
autorités de Vichy savait que de toute façon, les Juifs français seraient
tous déportés.
Maître Favreau " Xavier Vallat a dit que sa
politique avait servi de bouclier, que Vichy aurait sauvé 95 % des Juifs français.
"
Robert Paxton " Ces chiffres, et tout bilan en général,
ne sont pas valides. "
" France 1940.
Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain devenu Président
du conseil demande les conditions de l’armistice à l’Allemagne.
Le 22 juin, la convention d’armistice est signée.
Le 10 juillet, l’assemblée nationale vote à une
très large majorité les pleins pouvoirs à Pétain.
Le 11 juillet, Pétain promulgue les trois premiers
actes constitutionnels fondant l’état français qui déclare vouloir établir
ce qu’il appelle un assainissement politique et moral de la nation.
La volonté d’exclusion devient l’un des
fondements du régime.
Pour y parvenir, Vichy va promulguer un nombre considérable
de lois et de décrets visant à exclure de la société française des
individus et groupes sociaux qu’il considère comme nuisibles, comme les
communistes ou les Francs-Maçons, les Juifs ou les Tziganes.
La " question Juive ", va faire l’objet
d’une véritable frénésie de textes comme s’il s’agissait d’une
priorité nationale.
22 juillet 1940 : constitution d’une commission de
révision des naturalisations ayant la possibilité de retirer la nationalité
française à tout les Juifs jugés indésirables.
27 août 1940 : Abrogation du décret loi Marchandeau
d’avril 1939 qui interdisait à la presse de publier les appels à la haine
raciale et religieuse.
03 octobre 1940 : premier statut des Juifs leur
interdisant l’exercice d’un nombre considérable de professions.
04 octobre 1940 : Assignation en résidence forcée
des Juifs étrangers.
07 octobre 1940 : abrogation du décret Crémieux de
1870 qui conférait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie.
29 mars 1941 : Création du CGQJ chargé de
surveiller l’application des mesures anti-juives et d’en préparer de
nouvelles.
02 Juin 1941 ; Deuxième statut des Juifs.
02 juin 1941 : Loi prescrivant le recensement des
Juifs. 22 juillet 1941 : Loi visant à éliminer toute influence juive dans
l’économie nationale en confiant à des administrateurs provisoires les
biens Juifs.
29 Novembre 1941 : création de l’UGIF.
11 Décembre 1942 : Apparition de la mention "
Juif ", sur la carte d’identité des Juifs français et étrangers.
Parallèlement, les ordonnances allemandes du même
ordre se multiplient.
27 septembre 1940 : première ordonnance relative aux
mesures contre les Juifs (les entreprises juives doivent être désignées par
une affiche spéciale " entreprise juive " rédigée en français et
en allemand ; définition de la notion de " Juif " d’après
l’appartenance religieuse des grands-parents ; obligation pour les Juifs de
la zone occupée de se faire recenser).
13 Août 1941 : confiscation des postes TSF
appartenant aux Juifs.
17 Décembre 1941 : Amende de 1 milliard de francs
imposés aux Juifs.
07 Février 1942 : Interdiction faite aux Juifs de
sortir de chez eux de 20h à 6h00
29 Mai 1942 : Obligation faite aux Juifs de la zone
occupée de plus de six de porter l’étoile jaune.
07 Juin 1942 : Interdiction aux Juifs de certains
wagons du métro parisien (seul le wagon de queue est autorisé).
Cette ordonnance allemande sera renforcée par
l’administration française le 10 juin 1942.
08 juillet 1942 : Interdiction faite aux Juifs de fréquenter
les établissements de spectacles et les établissements ouverts au public
(cinéma, piscines, squares...) et restriction pour les heures d’achat des
Juifs dans les magasins (entre 15 h et 16 h quand les magasins sont fermés).
Au total pas moins de 184 textes réglementaires ou législatifs
seront pris au cours de cette période sur la seule " question juive
" dont 162 émanant des autorités de Vichy et 22 des autorités
allemandes.
Les Juifs deviennent une catégorie juridique, un
objet de litige : ils ne sont plus sujets de droit.
L’émancipation des Juifs de France qui remonte au
27 septembre 1791 est de fait abrogée.
Cette législation constitue un véritable séisme
tant pour les Juifs français que pour les Juifs étrangers qui ne peuvent y
croire. "
Et encore le même jour :
" Ainsi ce rapport du commissariat de police de Compiègne au préfet de
l’Oise daté du 20 mars 1942 au lendemain du transfert de 170 Juifs par le
soin de 100 gendarmes ( !) vers le camp de Drancy. "
Le commissaire de police qui rend compte de ce
transfert écrit.
" A un certain moment, sur le quai de la gare
l’un des hommes qui se trouvait dans le convoi m’a demandé le nom du
procureur et du président du tribunal de Compiègne ; je lui ai demandé à
quel titre il voulait avoir ces renseignements, il ma répondu, " c’est
parce que je suis moi-même magistrat. Invité à me préciser son nom et
l’endroit ou il exerçait, il m’a répondu, je suis monsieur Laenele,
conseiller à la cour de Paris, c’est moi qui ai présidé les assises lors
du procès Wiedmann " ; puis regardant dans la direction de son bras
enchaîné et en hochant la tête, il ajouta, " et voilà, malgré cela,
on reste toujours français. " "
Voilà la conséquence de ces lois anti-juive de
Vichy, qui ne sont pas seulement iniques et inhumaines, mais aussi criminelles
parce que, allant crescendo dans la déshumanisation des Juifs elles
constituent le prélude objectif et inéluctable à la déportation. "
Source : Journal officiel, 18 octobre 1940, p. 5323.
Nous, Maréchal de France, chef de l'État français, Le conseil des
ministres entendu,
Décrétons :
Article l". - Est regardé comme juif, pour l'application de la présente
loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux
grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.
Art. 2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés
ci-après sont interdits aux Juifs :
1. Chef de l'État, membre du Gouvernement, conseil d'État, conseil de
l'ordre national de la Légion d'honneur, cour de cassation, cour des comptes,
corps des mines, corps des ponts et chaussées, inspection générale des
finances, cours d'appel, tribunaux de première instance, justices de paix,
toutes juridictions d'ordre professionnel et toutes assemblées issues de l'élection.
2. Agents relevant du département des affaires étran-gères, secrétaires
généraux des départements ministériels, directeurs généraux, directeurs
des administrations centrales des ministères, préfets, sous-préfets, secrétaires
généraux des préfectures, inspecteurs généraux des services
administratifs au ministère de l'intérieur, fonctionnaires de tous grades
attachés à tous services de police.
3. Résidents généraux, gouverneurs généraux, gouverneurs et secrétaires
généraux des colonies, inspecteurs des colonies.
4. Membres des corps enseignants.
5. Officiers des armées de terre, de mer et de l'air.
6. Administrateurs, directeurs, secrétaires généraux dans les
entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées par
une collectivité publique, postes à la nomination du Gouvernement dans les
entreprises d'intérêt général.
Art. 3. - L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres
que celles énumérées à l'article 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils
peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
a) Être titulaire de la carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité
au cours de la campagne 1914-1918 ;
b) Avoir été cité à l'ordre du jour au cours de la campagne 1939-1940
;
c) Être décoré de la Légion d'honneur à titre militaire ou de la médaille
militaire.
Art. 4. - L'accès et l'exercice des professions libérales, des
professions libres, des fonctions dévolues aux officiers ministériels et à
tous auxiliaires de la justice sont permis aux Juifs, à moins que des règlements
d'administration publique n'aient fixé pour eux une porportion déterminée.
Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront les conditions dans
lesquelles aura lieu l'élimination des Juifs en surnombre.
Art. 5. - Les Juifs ne pourront, sans condition ni réserve, exercer l'une
quelconque des professions suivantes :
Directeurs, gérants, rédacteurs de journaux, revues, agences ou périodiques,
à l'exception de publications de caractère strictement scientifique.
Directeurs, administrateurs, gérants d'entreprises ayant pour objet la
fabrication, l'impression, la distribution, la présentation de films cinématographiques;
metteurs en scène et directeurs de prises de vues, compositeurs de scénarios,
directeurs, administrateurs, gérants de salles de théâtres ou de cinématographie,
entrepreneurs de spectacles, directeurs, administrateurs, gérants de toutes
entreprises se rapportant à la radiodiffusion.
Des règlements d'administration publique fixeront, pour chaque catégorie,
les conditions dans lesquelles les autorités publiques pourront s'assurer du
respect, par les intéressés, des interdictions prononcées au présent
article, ainsi que les sanctions attachées à ces interdictions.
Art. 6. - En aucun cas, les Juifs ne peuvent faire partie des organismes
chargés de représenter les progressions visées aux articles 4 et 5 de la présente
loi ou d'en assurer la discipline.
Art. 7. - Les fonctionnaires juifs visés aux articles 2 et 3 cesseront
d'exercer leurs fonctions dans les deux mois qui suivront la promulgation de
la présente loi. Ils seront admis à faire valoir leurs droits à la retraite
s'ils remplissent les conditions de durée de service ; à une retraite
proportionnelle s'ils ont au moins quinze ans de service ; ceux ne pouvant
exciper d'aucune de ces conditions recevront leur traitement pendant une durée
qui sera fixée, pour chaque catégorie, par un règlement d'administration
publique.
Art. 8. - Par décret individuel pris en conseil d'État et dûment motivé,
les Juifs qui, dans les domaines littéraire, scientifique, artistique, ont
rendu des services exceptionnels à l'État français, pourront être relevés
des interdictions prévues par la présente loi. Ces décrets et les motifs
qui les justifient seront publiés au Journal officiel.
Art. 9. - La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies,
pays de protectorat et territoires sous mandat.
Art. 10. - Le présent acte sera publié au Journal officiel et exécuté
comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 3 octobre 1940.
Ph. Pétain.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le vice-président du conseil, Pierre LAVAL.
Le garde des sceaux, ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël
Alibert.
Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel Peyrouton.
Le ministre secrétaire d'État, aux affaires étrangères, Paul Baudouin.
Le ministre secrétaire d'État à la guerre, Général Huntziger.
Le ministre secrétaire d'État aux finances, Yves Bouthillier.
Le ministre secrétaire d'État à la marine, Amiral DARLAN.
Le ministre secrétaire d'État à la production industrielle et au travail,
René BELIN.
Le ministre secrétaire d'État à l'agriculture, Pierre CAZIOT
Source : Journal officiel, 18 octobre 1940, p. 5324.
Nous, Maréchal de France, chef de l'État français, Le conseil des
ministres entendu,
Décrétons :
Article 1". - Les ressortissants étrangers de race juive pourront,
à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des
camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence.
Art. 2. - Il est constitué auprès du ministre secrétaire d'État à
l'intérieur une commission chargée de l'organisation et de l'administration
de ces camps.
Cette commission comprend :
Un inspecteur général des services administratifs ;
Le directeur de la police du territoire et des étrangers, ou son représentant
;
Un représentant du ministère des finances.
Art. 3. - Les ressortissants étrangers de race juive pourront en tout
temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet du département
de leur résidence.
Art. 4. - Le présent décret sera publié au Journal officiel pour être
observé comme loi de l'Etat.
Fait à Vichy, le 4 octobre 1940.
Ph. PETAIN.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel PEYROUTON.
Le ministre secrétaire d'Etat aux finances, Yves BOUTHILLIER.
Le garde des sceaux, ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël
ALIBERT
Source : Journal officiel, 14 juin 1941, p. 2475.
Nous, Maréchal de France, chef de l'État français, Le conseil des
ministres entendu,
Décrétons :
Article l". - Est regardé comme Juif :
1º Celui ou celle, appartenant ou non à une confession quelconque, qui
est issu d'au moins trois grands-parents de race juive, ou de deux seulement
si son conjoint est lui-même issu de deux grands-parents de race juive.
Est regardé comme étant de race juive le grand-parent ayant appartenu à
la religion juive ;
2º Celui ou celle qui appartient à la religion juive, ou y appartenait
le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive. La
non-appartenance à la religion juive est établie par la preuve de l'adhésion
à l'une des autres confessions reconnues par l'État avant la loi du 9 décembre
1905. Le désaveu ou l'annulation de la reconnaissance d'un enfant considéré
comme Juif sont sans effet au regard des dispositions qui précèdent.
Art. 2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés
ci-après sont interdits aux Juifs :
1. Chef de l'État, membres du Gouvernement, du conseil d'État, du
conseil de l'ordre national de la Légion d'honneur, de la cour de cassation,
de la cour des comptes, du corps des mines, du corps des ponts et chaussées,
de l'inspection générale des finances, du corps des ingénieurs de l'aéronautique,
des cours d'appel, des tribunaux de première instance, des justices de paix,
des tribunaux répressifs d'Algérie, de tous jurys, de toutes juridictions
d'ordre professionnel et de toutes assemblées issues de l'élection,
arbitres.
2. Ambassadeurs de France, secrétaires généraux des départements
ministériels, directeurs généraux, directeurs des administrations centrales
des ministères, agents relevant du département des affaires étrangères, préfets,
sous-préfets, secrétaires généraux des préfectures, inspecteurs généraux
des services administratifs au ministère de l'intérieur, fonctionnaires de
tous grades attachés à tous services de police.
3. Résidents généraux, gouverneurs généraux, gouverneurs et secrétaires
généraux de colonies, inspecteurs des colonies.
4. Membres des corps enseignants.
5. Officiers et sous-officiers des armées de terre, de mer et de l'air,
membres des corps de contrôle de la guerre, de la marine et de l'air, membres
des corps et cadres civils des départements de la guerre, de la marine et de
l'air, créés par les lois du 25 août 1940, du 15 septembre 1940, du 28 août
1940, du 18 septembre 1940 et du 29 août 1940.
6. Administrateurs, directeurs, secrétaires généraux dans les
entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées par
une collectivité publique, titulaires de postes à la nomination du
Gouvernement dans les entreprises d'intérêt général.
Art. 3. - Les Juifs ne peuvent occuper, dans les administrations publiques
ou les entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées
par une collectivité publique, des fonctions ou des emplois autres que ceux
énumérés à l'article 2, que s'ils remplissent l'une des conditions
suivantes :
a) Être titulaire de la carte du combattant, instituée par l'article 101
de la loi du 19 décembre 1926 ;
b) Avoir fait l'objet, au cours de la campagne 1939-1040, d'une citation
donnant droit au port de la Croix de guerre instituée par le décret du 28
mars 1941;
c) Être décoré de la Légion d'honneur ou de la médaille pour faits de
guerre ;
d) Être pupille de la nation ou ascendant, veuve ou orphelin de militaire
mort pour la France.
Art. 4. - Les Juifs ne peuvent exercer une profession libérale, une
profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre,
être titulaires d'une charge d'officier public ou ministériel, ou être
investis de fonctions dévolues à des auxiliaires de justice, que dans les
limites et les conditions qui seront fixées par décrets en conseil d'État.
Art. 5. - Sont interdites aux Juifs les professions ci-après :
Banquier, changeur, démarcheur ;
Intermédiaire dans les bourses de valeurs ou dans les bourses de commerce
;
Agent de publicité ;
Agent immobilier ou de prêts de capitaux ;
Négociant de fonds de commerce, marchand de biens ;
Courtier, commissionnaire ;
Exploitant de forêts ;
Concessionnaire de jeux ;
Éditeur, directeur, gérant, administrateur, rédacteur, même au titre
de correspondant local, de journaux ou d'écrits périodiques, à l'exception
des publications de caractère strictement scientifique ou confessionnel ;
Exploitant, directeur, administrateur, gérant d'entreprises ayant pour
objet la fabrication, l'impression, la distribution ou la présentation de
films cinématographiques, metteur en scène, directeur de prises de vues,
compositeur de scénarios ;
Exploitant, directeur, administrateur, gérant de salles de théâtre ou
de cinématographie ;Entrepreneur de spectacles ;
Exploitant, directeur, administrateur, gérant de toutes entreprises se
rapportant à la radiodiffusion.
Des règlements d'administration publique fixeront pour chaque catégorie
les conditions d'application du présent article.
Art. 6. - En aucun cas, les Juifs ne peuvent faire partie des organismes
chargés de représenter les professions visées aux articles 4 et 5 de la présente
loi ou d'en assurer la discipline.
Art. 7. - Les fonctionnaires juifs visés aux articles 2 et 3 sont admis
à faire valoir les droits définis ci-après :
1º Les fonctionnaires soumis au régime de la loi du 14 avril 1924
recevront une pension d'ancienneté avec jouissance immédiate s'ils réunissent
le nombre d'années de service exigé pour l'ouverture du droit à cette
pension.
Si, sans remplir cette condition, ils ont accompli au moins quinze années
de services effectifs, ils bénéficieront avec jouissance immédiate d'une
pension calculée à raison, soit d'un trentième du minimum de la pension
d'ancienneté pour chaque année de services de la catégorie A, soit d'un
vingt-cinquième pour chaque année de services de la catégorie B ou de
services militaires. Le montant de cette pension ne pourra excéder le minimum
de la pension d'ancienneté augmenté, le cas échéant, de la rémunération
des bonifications pour services hors d'Europe et des bénéfices de campagne ;
2º Les fonctionnaires soumis au régime de la caisse nationale des
retraites pour la vieillesse obtiendront, s'ils comptent au moins quinze ans
de services effectifs, la jouissance immédiate d'une allocation annuelle égale
au montant de la rente vieillesse qui leur serait acquise à l'époque de la
cessation de leurs fonctions si leurs versements réglementaires avaient été
effectués dès l'origine à capital aliéné. Cette allocation cessera de
leur être attribuée à compter de la date d'entrée en jouissance de leur
rente sur la caisse nationale des retraites ;
3º Les fonctionnaires des départements, communes ou établissements
publics qui possèdent une caisse spéciale de retraites bénéficieront, avec
jouissance immédiate, de la pension d'ancienneté ou de la pension
proportionnelle fixée par leur règlement de retraites, s'ils remplissent les
conditions de durée de services exigées pour l'ouverture du droit à l'une
de ces pensions ;
4º Les agents soumis au régime de la loi sur les assurances sociales et
comptant au moins quinze années de services effectifs recevront, de la
collectivité ou établissement dont ils dépendent, une allocation annuelle
égale à la fraction de la rente vieillesse constituée par le versement de
la double contribution durant toute la période où ils sont restés en
service. Cette allocation cessera de leur être attribuée à compter de la
date d'entrée en jouissance de ladite rente ;
5º Les fonctionnaires tributaires de la caisse intercolo-niale de
retraites ou des caisses locales, et comptant au moins quinze années de
services effectifs, bénéficieront d'une pension dans les conditions qui
seront déterminées par un règlement d'administration publique ;
6º Les fonctionnaires et agents ne remplissant pas les conditions
requises pour pouvoir bénéficier des pensions et allocations ci-dessus
recevront leur traitement pendant une durée qui sera fixée par un règlement
d'administration publique;
7º La situation des ouvriers des établissements militaires et
industriels de l'État sera réglée par une loi spéciale.
Les fonctionnaires ou agents juifs visés par les articles 2 et 3 de la
loi du 3 octobre 1940 sont considérés comme ayant cessé leurs fonctions à
la date du 20 décembre 1940.
Les fonctionnaires ou agents qui sont atteints par les nouvelles
interdictions édictées par la présente loi cesseront leurs fonctions dans
le délai de deux mois après la publication de celle-ci.
L'application des dispositions de la présente loi aux prisonniers de
guerre est différée jusqu'à leur retour de captivité.
Les fonctionnaires ou agents juifs visés aux articles 2 et 3 et
actuellement prisonniers de guerre cesseront d'exercer leurs fonctions deux
mois après leur retour de captivité.
Les dispositions de la présente loi ne seront applicables aux ascendants,
conjoint ou descendants d'un prisonnier de guerre que dans un délai de deux
mois après la libération de ce prisonnier.
En ce qui concerne les personnels en service outre-mer, un décret rendu
sur la proposition des secrétaires d'État intéressés déterminera les
conditions de la cessation de leurs fonctions.
Art. 8. - Peuvent être relevés des interdictions prévues par la présente
loi, les Juifs :
1º Qui ont rendu à l'État français des services exception-nels ;
2º Dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations
et a rendu à l'Etat français des services exceptionnels.
Pour les interdictions prévues par l'article 2, la décision est prise
par décret individuel pris en conseil d'Etat sur rapport du commissaire général
aux questions juives et contresigné par le secrétaire d'État intéressé.
Pour les autres interdictions, la décision est prise par arrêté du
commissaire général aux questions juives.
Le décret ou l'arrêté doivent être dûment motivés.
Les dérogations accordées en vertu des dispositions qui précèdent
n'ont qu'un caractère personnel et ne créeront aucun droit en faveur des
ascendants, descendants, conjoint et collatéraux des bénéficiaires.
Art. 9. - Sans préjudice du droit pour le préfet de prononcer
l'internement dans un camp spécial, même si l'intéressé est Français, est
puni :
1º D'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de 500 F
à 10000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement, tout Juif qui s'est livré
ou a tenté de se livrer à une activité qui lui est interdite par
application des articles 4, 5 et 6 de la présente loi :
2º D'un emprisonnement de un an à cinq ans et d'une amende de 1 000 F à
20 000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement, tout Juif qui se sera
soustrait ou aura tenté de se soustraire aux interdictions édictées par la
présente loi, au moyen de déclarations mensongères ou de manoeuvres
frauduleuses.
Le tribunal peut, en outre, ordonner la fermeture de l'établissement.
Art. 10. - Les fonctionnaires ayant cessé leurs fonctions par application
de la loi du 3 octobre 1940 et qui peuvent se prévaloir des dispositions de
la présente loi, sont admis à solliciter leur réintégration dans des
conditions qui seront fixées par décret en conseil d'État.
Art. 11. - La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies,
pays de protectorat, en Syrie et au Liban.
Art. 12. - La loi du 3 octobre 1940, modifiée par les lois du 3 avril et
du 11 avril 1941, est abrogée ; les règlements et les décrets pris pour son
application sont maintenus en vigueur jusqu'à ce qu'ils soient modifiés s'il
y a lieu par des règlements et des décrets nouveaux.
Art. 13. - Le présent décret sera publié au Journal officiel et exécuté
comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 2 juin 1941.
Ph. PETAIN.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
L'amiral de la flotte, vice-président du conseil, ministre secrétaire d'État
aux affaires étrangères, à l'intérieur et à la marine, Amiral DARLAN.
Le garde des sceaux, ministre secrétaire d'État à la justice, Joseph
BARTHELEMY.
Le ministre secrétaire d'État à l'économie nationale et aux finances,
Yves BOUTHILLIER.
Le général d'armée, ministre secrétaire d'État à la guerre, Général
HUNZIGER.
Le ministre secrétaire d'État à l'agriculture, Pierre CAZIOT
Nous, maréchal de France, chef de l'Etat français,
Sur le rapport du chef du Gouvernement et du ministre secrétaire d'Etat
à l'éducation nationale,
Vu la loi n°2332 du 2 juin 1941 portant statut des Juifs et notamment son
article 4 ;
Vu la loi n°1450 du 29 mars 1941 créant un commissariat général aux
questions juives, modifiée par la loi n°2169 du 19 mai 1941, par la loi n°3591
du 1er septembre 1941 et par la loi n°545 du 6 mai 1942 ;
Le Conseil d'Etat (commission représentant les sections de législation,
de l'intérieur, des finances et de l'agriculture) entendu,
Décrétons :
Art. 1er- Les Juifs ne peuvent tenir un emploi artistique dans des représentations
théâtrales, dans des films cinématographiques ou dans des spectacles
quelconques, ou donner des concerts vocaux ou instrumentaux ou y participer
que s'ils satisfont à l'une des dispositions prévues à l'article 3 de la
loi du 2 juin 1941 ou s'ils y ont été autorisés en raison de leurs mérites
artistiques ou professionnels par un arrêté motivé du secrétaire d'Etat
intéressé pris sur proposition du commissaire général aux questions juives
et, en outre, dans le cas où le ministre secrétaire d'Etat à l'éducation
nationale n'est pas compétent pour donner lui-même l'autorisation d'exercer
la profession, sur l'avis dudit secrétaire d'Etat.
Art. 2- Les Juifs atteints par l'interdiction résultant de l'article précédent
devront, dans le délai de deux mois à partir de la publication du présent décret,
cesser d'exercer la profession qui leur est interdite.
Une prolongation de délai peut être accordée par le secrétaire d'Etat
intéressé, sur la proposition du commissaire général aux questions juives,
en vue de permettre d'achever une série de représentations commencée avant
la publication du présent décret, une œuvre cinématographique entreprise
avant la même publication.
Art. 3- Le présent décret n'est pas applicable en Algérie ni aux
territoires relevant du secrétariat d'Etat aux affaires étrangères ou du
secrétariat d'Etat aux colonies.
Art. 4- Le Chef du Gouvernement et le ministre secrétaire d'Etat à l'éducation
nationale sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l'exécution du présent
décret, qui sera publié au Journal Officiel de l'Etat français.
Fait à Vichy, le 6 juin 1942.
PH. PÉTAIN.
Par le Maréchal de France, chef de l'Etat français :
Le chef du Gouvernement,
PIERRE LAVAL.
Le ministre secrétaire d'Etat à l'éducation nationale,
ABEL BONNARD.
Comme par hasard, c'est entre septembre et décembre 1941, que le ministère
de l'intérieur, c'est à dire les services auxquels il appartient, qui
produisent le maximum de textes anti juifs pour l'Algérie : 13.09 sur le relèvement
des magistrats et fonctionnaires juifs ; 21.09 c'est la date limite impartie
par le décret du 18.07.1941 pour le recensement des Juifs d'Algérie ; 20.10
sur les professions interdites aux Juifs ; 5.11 sur l'interdiction aux Juifs
de l'accès à l'université, à la profession d'avocat, aux professions médicales
21.11 sur la spoliation des entreprises juives ; 25.11 sur l'exclusion des
Juifs des jurys d'assises ; 29.11 sur l'exclusion de la profession de
sages-femmes ; 46 2.12 sur la compétence des tribunaux militaires pour
certains Juifs ; 31.12 sur l'éviction des Juifs de l'enseignement privé.
Voilà une période particulièrement faste en terme de mesures et de textes
antisémites, dont la mise en œuvre mériterait bien le déplacement d'un
haut fonctionnaire de Vichy.
Maître Jakubowitz " Je ne poserai que des
questions courtes au Professeur Paxton que je remercie de son brillant témoignage.
Je rappelle aussi que Paxton a été le premier à s’intéresser à cette période.
En 1940, Pétain prend le pouvoir, pouvez-vous rappeler la chronologie des
lois antijuives ? "
Robert Paxton " Pétain prend le pouvoir le 10
juillet 1940. La première loi date du 17 juillet, c’est l ’exclusion de
la fonction publique des étrangers. Le 08 août, c’est l’annulation de la
loi Marchandeau qui interdisait les propos antisémites. Le 3 octobre, c’est
la première loi antisémite. En mars 1941, c’est la création du
commissariat aux questions juives . Le 22 juillet 1941, c’est la deuxième
loi sur le statut des Juifs. "
Maître Jakubowitz " Peut-on dire que la législation
antijuive était une obsession de Vichy ? "
Robert Paxton " C’est un des thèmes
constants, mais pas le seul "
Maître Jakubowitz " La législation antijuive
était-elle connue de la population française ? "
Robert Paxton " Certainement, Cela ne fait aucun
doute. Il était impossible de l’ignorer quand on ne voyait pas revenir un
collègue à son travail ou quand un instituteur ne voyait plus certains
enfants revenir en classe. "
Maître Jakubowitz " Cet ensemble législatif,
non voulu par les Allemands est-il un cas unique en Europe ? "
Robert Paxton " Oui, on ne peut pas dire que
cela n’a pas existé ailleurs, mais pas à ce point. Il y a les cas de la
Hongrie et de l’Italie. La France n’est pas seule dans ce cas. Mais en
France, les Allemands n’ont jamais rien demandé au début. "
Maître Jakubowitz " En 1941, Kurt Litchka dit :
il convient de laisser aux français le soin d’organiser les déportations,
cela évitera les réactions dans la population française. Le confirmez-vous
? "
Robert Paxton " Oui, j’ai lu ce texte, il y en
a d’autres qui vont dans le même sens. Les allemands étaient contents que
le gouvernement de Vichy soit le seul responsable. "
Maître Jakubowitz " Il y a eu des rafles dès
1941 ? "
Robert Paxton " Oui, trois en 1941 à Paris. Le
14 mai, 5000 Juifs sont arrêtés par la police municipale. Août 1941,
nouvelles arrestations après les premiers attentats de la résistance. Décembre
1941, c’est la rafle des notables juifs, toujours pour les mêmes raisons.
La plupart seront gardés dans les camps et les survivants partiront avec les
premiers convois de 1942. "
Maître Jakubowitz " Le commissariat aux
questions juives indique dans un texte que ce sont les autorités allemandes
qui ont pris la décision, que la population est remontée. "
Robert Paxton " C’est faux, c’est l’avis
du rédacteur de la note, pas la vérité. "
Maître Jakubowitz " En 1941, la loi du 22
juillet sur l’aryanisation joue-t-elle un rôle dans la déportation ?
"
Robert Paxton " Oui, sans aucun doute, cette loi
a rendu les Juifs beaucoup plus vulnérables. Quand les déportations
arrivent, ils ne savent plus où se cacher. "
Maître Jakubowitz lit une note adressée au préfet
de la Gironde signée de Papon, demandant au président des avoués de tout
mettre en œuvre pour aryaniser et organiser la spoliation des biens juifs.
D’autre part, pouvez-vous nous expliquer à quoi correspond exactement la
conférence de Wanzee du 20 janvier 1942 ? "
Robert Paxton " C’est la fin de la politique
d’expulsion et le début de la politique d’extermination générale en
Europe. "
Maître Jakubowitz " Pouvez-vous confirmer
qu’en France occupée comme en France non occupée, les arrestations et les
déportations se font sans aucunes difficultés? "
Robert Paxton " Oui, tout à fait. "
PORTANT
STATUT DES JUIFS
(Journal
Officiel du 18 Octobre 1940.)
Article premier - Est regardé comme juif, pour l'application de la présente
loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux
grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.
Art.2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés
ci-après sont interdits aux Juifs :
1° Chef de l'État, membre du gouvernement,
Conseil d'État, Conseil de l'Ordre national de la Légion d'honneur, Cour de
Cassation, Cour des comptes, Corps des Mines, Corps des Ponts et Chaussées,
Inspection générale des Finances, Cours d'appel, Tribunaux de première
instance, Justices de Paix, toutes juridictions d'ordre professionnel et
toutes assemblées issues de l'élection ;
2° Agents relevant, du, département des
Affaires étrangères, secrétaires généraux des départements ministériels,
directeurs généraux, directeurs des administrations centrales des ministères,
préfets, sous-préfets, secrétaires généraux des préfectures, inspecteurs
généraux des services administratifs au ministère de l'Intérieur,
fonctionnaires de tous grades attachés à tous services de police ;
3° Résidents généraux, gouverneurs généraux,
gouverneurs et secrétaires généraux des colonies, inspecteurs des colonies
;
4° Membres des corps enseignants ;
5° Officiers des Armées de terre, de Mer et
de l'Air ;
6° Administrateurs, directeurs, secrétaires
généraux dans les entreprises bénéficiaires de concessions ou de
subventions accordées par une collectivité publique, postes à la nomination
du Gouvernement dans les entreprises d'intérêt général.
Art. 3 - L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres
que celles énumérées à l'art. 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils
peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
a. Être titulaire de la Carte de combattant
1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918 ;
b. Avoir été cité, à l'ordre du jour au cours de
la campagne 1939- 1940 ;
c. Être décoré de la légion d'honneur à titre
militaire ou de la Médaille militaire.
Art. 4. – L'accès et l'exercice des professions libérales, des
professions libres, des fonctions dévolues aux officiers
ministériels et à tous auxiliaires de la justice sont permis aux juifs,
à moins que des règlements d'administration publique n'aient fixé pour eux
une proportion déterminée. Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront
les conditions dans lesquelles aura lieu l'élimination des juifs en
surnombre.
Art. 5. – Les juifs ne pourront, sans condition ni réserve, exercer
l'une quelconque des professions suivantes :
·
Directeurs, gérants, rédacteurs de journaux, revues, agences ou périodiques,
à l'exception de publications de caractère strictement scientifique.
·
Directeurs, administrateurs, gérants d'entreprises ayant pour objet la
fabrication, l'impression, la distribution, la présentation de films cinématographiques;
metteurs en scène et directeurs de prises de vues, compositeurs de scénarios,
directeurs, administrateurs, gérants de salles de théâtres ou de cinématographie,
entrepreneurs de spectacles, directeurs, administrateurs, gérants de toutes
entreprises se rapportant à la radiodiffusion.
Des règlements d'administration publique fixeront, pour chaque catégorie,
les conditions dans lesquelles les autorités publiques pourront s'assurer du
respect, par les intéressés, des interdictions prononcées au présent
article, ainsi que les sanctions attachées à ces interdictions.
Art. 6. – En aucun cas, les juifs ne peuvent faire partie des organismes
chargés de représenter les progressions visées aux articles 4 et 5 de la présente
loi ou d'en assurer la discipline.
Art. 7 - Les fonctionnaires juifs visés aux articles 2 et 3 cesseront
d'exercer leurs fonctions dans les deux mois qui suivront la promulgation de
la présente loi. Ils seront admis à faire valoir leurs droits à la
retraite, s'ils remplissent les conditions de durée de service ; à une
retraite proportionnelle, s'ils ont au moins quinze ans de service ; ceux ne
pouvant exciper d'aucune de ces conditions recevront leur traitement pendant
une durée qui sera fixée, pour chaque catégorie, par un règlement
d'administration publique.
Art. 8 - Par décret individuel pris en Conseil d'État et dûment motivé,
les Juifs qui, dans les domaines littéraires, scientifiques, artistique ont
rendu des services exceptionnels à l'Etat français, pourront être relevés
des interdictions prévues par la présente loi.
Ces décrets et les motifs qui les justifient seront publiés au Journal
Officiel.
Art. 9. – La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies,
pays de protectorat et territoires sous mandat.
Art. 10. – Le présent acte sera publié au Journal officiel et exécuté
comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 3 octobre 1940.
Ph. Pétain.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le vice-président du conseil, Pierre LAVAL.
Le garde des sceaux,
ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël Alibert.
Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel Peyrouton.
Le ministre secrétaire d'État aux affaires étrangères,
Paul Baudouin.
Le ministre secrétaire d'État à la guerre,
Général Huntziger.
Le ministre secrétaire d'État aux finances,
Yves Bouthillier.
Le ministre secrétaire d'État à la marine,
Amiral DARLAN.
Le ministre secrétaire d'État à la production industrielle et au
travail, René BELIN.
Le ministre secrétaire d'État à l'agriculture,
Pierre CAZIOT
10 mai : début de l'attaque allemande.
14 mai : l'armée allemande enfonce le front français à Sedan.
14 juin : les troupes allemandes entrent dans Paris.
16 juin : les Allemands atteignent la Loire. Le Maréchal Pétain exprime
la nécessité de demander l'armistice. Paul Reynaud démissionne. A 23 h. Pétain
forme un nouveau gouvernement.
17 juin : Pétain s'adresse par radio aux Français : "Je fais à la
France le don de ma personne pour atténuer son malheur. ...C'est le coeur
serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.".
18 juin : Appel du Général de Gaulle à continuer le combat.
20 juin : Pétain à la radio : "J'ai demandé à nos adversaires de
mettre fin aux hostilités. ... Depuis la victoire [de 1918], l'esprit de
jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on
a servi..."
22 juin : à 18 h.35, signature de l'armistice à Rethondes.
25 juin : entrée en vigueur de l'armistice. Pétain à la radio :
"Les conditions sont sévères. Du moins l'honneur est-il sauf... Le
gouvernement reste libre, la France ne sera administrée que par des Français.
Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal."
2 juillet : le gouvernement s'installe à Vichy.
10 juillet : l'Assemblée Nationale vote les pleins pouvoirs au Maréchal
Pétain pour promulguer une nouvelle constitution.
11 juillet : l'Acte Constitutionnel n°1 fait de Pétain le "chef de
l'État français", l'Acte n°3 renvoie le Parlement.
12 juillet : Acte n°4 qui fait de Pierre Laval le "dauphin" de
Pétain.
2 août : condamnation à mort du général de Gaulle pour
"trahison" et " désertion en temps de guerre".
8 au 16 septembre : arrestation d'Edouard Daladier, de Paul Reynaud, de
Georges Mandel et de Léon Blum, tous hommes politiques de la IIIème République.
13 septembre : Laval déclare à un journal belge : "La République a
cessé d'exister en France".
3 octobre : le gouvernement de Vichy promulgue la loi portant statut
des Juifs.
11 octobre : Message de Pétain : "L'ordre nouveau ne peut impliquer
un retour même déguisé aux erreurs qui nous ont coûté si cher ... Le régime
nouveau sera une hiérarchie sociale".
22 octobre : rencontre Hitler-Laval.
24 octobre : entrevue de Montoire entre Hitler et Pétain.
30 octobre : message radiodiffusé du maréchal Pétain : "Cette
première rencontre entre le vainqueur et le vaincu marque le redressement de
notre pays. C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer.
Je n'ai subi de sa part aucun diktat, aucune pression. Une collaboration a été
envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe... Cette
collaboration doit être sincère... Cette politique est la mienne. C'est moi
seul que l'Histoire jugera."
9 novembre : le syndicat C.G.T. est dissout par décret.
29 novembre : enquête du gouvernement de Vichy sur les origines raciales
des journalistes.
1er décembre : acte constitutionnel n°6 qui proclame la déchéance du
Parlement."
25 décembre : entrevue entre Hitler et l'amiral Darlan qui succède à
Laval.
18 janvier : Loi portant obligation pour tous les jeunes Français de
stages dans les "Chantiers de la Jeunesse".
1er février : fondation par Marcel Déat de l'organisation fasciste,
Rassemblement National Populaire (R.N.P.).
29 mars : Xavier Vallat est nommé "Commissaire Général aux
Questions Juives".
11 avril : le cabinet du maréchal Pétain publie un communiqué
condamnant "les intellectuels, professeurs, politiciens qui, de leurs
bureaux, stimulent une propagande [gaulliste] en suscitant des gestes
mesquins, des inscriptions puériles sur les murs...".
18 avril : l'État français se retire de la S.D.N.
Paul Marion, secrétaire général adjoint à l'information, menace :
"Le gouvernement exige une identité de vue totale en ce qui concerne les
problèmes de politique étrangère. Les journaux qui ne veulent pas se
soumettre s'exposeront aux sanctions les plus rigoureuses, y compris
l'interdiction."
1er mai : discours de Pétain : ".Le 1er mai a été jusqu'ici un
symbole de division et de haine. Il sera désormais un symbole d'union et
d'amitié, parce qu'il sera la fête du travail..."
9 mai : le député Pierre Mendès-France est condamné à six ans de
prison par le Conseil de guerre de Clermont-Ferrand.
11 mai : entrevue Hitler-Darlan à Berchtesgaden.
14 mai : un millier de Juifs d'origine étrangère sont arrêtés à Paris
par la police française.
25 mai : communication de Pierre Laval au cours d'un dîner : "Mon
entrevue avec le chancelier Hitler à Montoire fut une surprise - une émouvante
surprise ... En repoussant l'idée d'une paix de vengeance et d'oppression, le
chancelier Hitler a permis à la France de s'intégrer volontairement dans le
nouveau système qu'il créera lorsque la guerre sera terminée... La
collaboration est dans l'ordre naturel des choses. Elle est indispensable à
la France comme elle est utile à l'Allemagne."
28 mai : Le gouvernement de Vichy reconnaît aux Allemands le droit
d'utiliser les aérodromes de Syrie et du Liban.
2 juin : nouvelle loi portant statut des Juifs. La
presse collaboratrice en rend compte dans les jours qui suivent.
10 juin : l'amiral Darlan à la radio : "Nous n'aurons jamais assez
de reconnaissance pour notre chef, qui a fait don de sa personne à la France
pour la sauver..."
30 juin : le gouvernement de Vichy rompt ses relations diplomatiques avec
l'U.R.S.S. à la suite de l'attaque allemande du 22 juin contre ce pays.
8 juillet : déclaration de Pétain : "L'État issu de la Révolution
nationale devra être autoritaire et hiérarchique."
26 juillet : Marx Dormoy, ancien ministre du Front Populaire, est assassiné
dans la chambre où il était en résidence forcée depuis son arrestation.
12 août : message radiodiffusé de Pétain : "De plusieurs régions
de France, je sens souffler depuis plusieurs semaines un vent mauvais. L'inquiétude
gagne les esprits, l'autorité de mon gouvernement est discutée... La radio
de Londres [ajoute] à ce désarroi des esprits... Un long délai sera nécessaire
pour vaincre la résistance de tous les adversaires de l'ordre nouveau, amis
il nous faut dès à présent briser leurs entreprises, en décimant les
chefs..."
13 août : confiscation des récepteurs de radio appartenant aux Juifs.
14 août : sous la pression des autorités allemandes, promulgation de la
loi déférant à des tribunaux spéciaux "les auteurs de toutes
infractions pénales commises dans une intention d'activité communiste ou
anarchiste".
28 août : Trois militants communistes condamnés à mort la veille par le
Tribunal spécial de la Seine, sont guillotinés.
5 septembre : L'hebdomadaire catholique Temps nouveaux et la revue Esprit
sont interdits.
21 septembre : le maréchal Pétain fait savoir qu'il condamne fermement
les attentats commis contre des officiers allemands.
29 septembre : exécution de trois militants communistes, dont le député
d'Amiens Jean Catelas.
4 octobre : promulgation de la Charte du Travail : syndicats uniques et
obligatoires, divisés en trois catégories : patrons, cadres et ouvriers.
12 octobre : les combattants de la Légion des Volontaires Français
contre le Bolchevisme (L.V.F.) prêtent serment à Hitler.
22 octobre : après deux attentats contre des officiers allemands, une
centaine d'otages sont fusillés à Châteaubriant, Nantes et Bordeaux. Pétain
et Darlan condamnent les attentats. Les otages ont été choisis par le
ministre de l'intérieur Pucheu parmi les communistes.
1er décembre : entrevue Goering-Pétain à Saint-Florentin (Yonne).
14 décembre : nouvelles exécutions d'otages après des attentats. Le
gouvernement de Vichy "regrette [cette] répression massive."
15 décembre : exécution du député communiste Gabriel Péri.
20 janvier : la police parisienne prête serment au maréchal Pétain.
19 février : ouverture du procès de Blum, Daladier, Gamelin ... devant
la Cour Suprême de Justice de Riom.
6 mars : message de Pétain : "Notre jeunesse doit être nationale
comme notre État lui-même, mais il ne saurait être question de créer une
jeunesse d'État."
30 mars : à Vichy, Paul Creyssel est nommé directeur du Service de la
Propagande.
13 avril : note du gouvernement des États-Unis au gouvernement de Vichy
qui évoque "la poignée de Français qui, sous prétexte de
collaboration, ont prostitué de manière sordide le nom de la
France...".
16 avril : protestation de Vichy contre la note américaine du 13 avril.
18 avril : retour au pouvoir de Laval qui forme à Vichy le nouveau
gouvernement. De Gaulle à la radio de Londres : "Il paraît que, parmi
les traîtres de Vichy, Hitler a prononcé certaines mutations..."
19 avril : Pétain à la radio : "Français, le nouveau gouvernement
vous donnera des motifs de croire et d'espérer !"
21 avril : en représailles contre les attentats du mois d'avril, les
Allemands exécutent 15 otages.
5 mai : arrivée à Paris du chef des S.S. Heydrich pour la mise en oeuvre
d'une collaboration plus étroite entre la Gestapo et la police française.
11 mai : Darquier de Pellepoix, nouveau commissaire aux Questions Juives,
déclare : "Les Français doivent se rendre compte que le principal
responsable de leurs misères actuelles est le juif."
29 mai : ordonnance allemande en France occupée imposant le port de l'étoile
jaune aux Juifs.
6 juin : Décret interdisant aux Juifs les professions d'artiste dramatique, cinématographique
ou lyrique.
22 juin : Laval à la radio : "Je souhaite la victoire de
l'Allemagne, parce que , sans elle, le bolchevisme demain s'installerait
partout... La France ne peut rester passive et indifférente devant l'immensité
des sacrifices que l'Allemagne consent pour édifier une Europe dans laquelle
nous devons prendre notre place."
16-18 juillet : Grande rafle du Vel' d'hiv' : 12884 Juifs étrangers, dont
4000 enfants, arrêtés à Paris et en région parisienne par la police française.
15 août : arrestations de en zone non occupée, de 4000 Juifs apatrides
qui sont livrés aux Allemands par les autorités de Vichy.
30 août : protestation de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, contre
les arrestations de Juifs.
Édouard Herriot renvoie au maréchal Pétain sa Légion d'honneur pour
protester contre l'attribution de cette décoration aux Français qui
combattent en Russie sous l'uniforme allemand.
4 octobre : loi "relative à l'utilisation et à l'orientation de la
main d'oeuvre" organisant le départ d'ouvriers français en Allemagne.
5 octobre : sermon du cardinal Gerlier, à Lyon : "A l'une des heures
les plus tragiques de notre histoire, la Providence a donné à la France un
chef autour duquel nous sommes fiers de nous grouper."
30 octobre : Édouard Herriot est placé en résidence surveillée.
8 novembre : le maréchal Pétain répond au débarquement américain en
Afrique du nord en donnant l'ordre aux troupes françaises d'Algérie de se défendre
contre les Américains. Il n'est pas suivi.
9 au 11 novembre : entretiens Hitler-Laval à Berchtesgaden.
11 novembre : les Allemands rompent l'armistice franco-allemand en
occupant la zone dite "libre".
19 novembre : message radiodiffusé de Pétain aux Français : "J'ai
décidé d'accroître les pouvoirs du président Laval... Je reste votre
guide. Vous n'avez qu'un seul devoir, obéir."
29 novembre : l'armée d'armistice est dissoute.
13 décembre : déclaration de Laval à la presse : "La victoire de
l'Allemagne empêchera notre civilisation de sombrer dans le communisme. La
victoire des Américains serait le triomphe des Juifs et du communisme. Quant
à moi, j'ai choisi..."
24 décembre : à Rennes, 25 résistants qui avaient fait sauter le siège
de la L.V.F. et le bureau de recrutement des travailleurs pour l'Allemagne
sont exécutés par les nazis.
9 janvier : le général de Lattre de Tassigny est condamné à 10 ans de
prison par un tribunal français pour "abandon de poste et tentative de
trahison" pour avoir voulu s'opposer à l'occupation allemande de la zone
sud en novembre 1942.
30 janvier : loi créant la Milice française. Joseph Darnand, S.S. français,
est nommé secrétaire général de la Milice.
16 février : le gouvernement de Vichy promulgue une loi créant le
S.T.O., Service du Travail Obligatoire destiné à fournir l'Allemagne en main
d'oeuvre.
4 avril : message radiodiffusé de Pétain : "Il faut choisir. Les
chefs rebelles ont choisi l'émigration et le passé. J'ai choisi la France et
son avenir... Ma volonté est de donner à la France le régime d'autorité
que conseillent la raison des plus sages et le bon sens du grand
nombre...".
5 avril : Vichy annonce officiellement le transport en Allemagne de
Daladier, Blum, Reynaud, Mandel et Gamelin, livrés aux autorités allemandes.
Blum est conduit dans un camp de concentration.
28 avril : Pétain s'adresse aux chefs de la Légion des Combattants :
"Miliciens et légionnaires, aidez-moi à montrer le vrai visage de la
France !"
29 avril : entrevue Hitler-Laval.
2 mai : appel de Pétain aux travailleurs : "Depuis trois ans nous
payons, vous et moi, les fautes de ceux qui nous ont précédés, de ceux qui
nous ont menti...".
5 juin : allocution de Pierre Laval : "Il est des Français qui
combattent en Russie. Ils sont partis comme volontaires. Ils incarnent nos
meilleures traditions militaires et ils défendent le véritable intérêt
français...".
10 juillet : discours de Pierre Laval : "Je porte devant l'Histoire
une très lourde responsabilité, puisque j'ai accepté l'armistice et que non
seulement j'accepte de faire une politique de réconciliation et d'entente
avec l'Allemagne, mais que je souhaite pouvoir faire cette politique ...
Montoire, c'était une grande espérance !"
27 août : entretiens Pétain-Von Rundstedt à Vichy.
1er décembre : Jacques Doriot, dirigeant de l'organisation fasciste
P.P.F. et qui a revêtu l'uniforme S.S., est décoré de la Croix de Fer.
2 décembre : des miliciens assassinent Maurice Sarraut, ancien président
du Parti Radical.
5 janvier : discours de Pierre Laval devant les responsables de la Milice
: "La démocratie, c'est l'antichambre du bolchevisme Je marche en plein
accord, en total accord avec Darnand [le chef de la Milice]...".
1er février : l'armée allemande et la Milice commencent leurs opérations
de répression contre le maquis de Haute-Savoie.
27 février : du Paty de Clam remplace Darquier de Pellepoix comme
Commissaire général aux Questions Juives.
16 mars : Marcel Déat, chef de l'organisation fasciste R.N.P., est nommé
ministre du Travail.
25 mars : 20.000 Allemands et miliciens attaquent les 460 résistants
retranchés sur le Plateau des Glières en Haute-Savoie.
28 avril : allocution radiodiffusée de Pétain : "La prétendue libération
est le plus trompeur des mirages auxquels vous pourriez être tentés de céder...
Grâce à la défense du continent par l'Allemagne..., notre civilisation sera
définitivement à l'abri du danger que fait peser sur elle le
bolchevisme"
29 avril : constitution du Comité français des Waffen S.S. où l'on
retrouve Doriot, Déat, Darnand...
6 juin : débarquement des Alliés en Normandie.
Appel radiodiffusé de Pétain : "Les circonstances de la bataille
pourront conduire l'armée allemande à prendre des dispositions spéciales
dans les zones de combat. Acceptez cette nécessité..."
8 juin : mobilisation de la Milice.
14 juin : Joseph Darnand, chef de la Milice, devient secrétaire d'État
à l'intérieur.
De Gaulle, venu d'Angleterre, débarque à Courseulles et se rend à
Bayeux, premier territoire libéré.
20 juin : assassinat par des miliciens de l'ancien ministre du Front
Populaire Jean Zay.
28 juin : exécution de Philippe Henriot, journaliste collaborateur, par
la Résistance.
7 juillet : des miliciens abattent l'ancien ministre Georges Mandel dans
la forêt de Fontainebleau.
16 août : entretiens Laval-Abetz à Paris. Malgré son refus, Laval est
contraint de transférer le gouvernement de Vichy à Belfort.
19 août : début de l'insurrection de Paris : occupation de l'Hôtel de
Ville par la Résistance.
20 août : à Vichy, les Allemands arrêtent le maréchal pour le
transporter de force à Belfort. Dernier message de Pétain : "Au moment
où ce message vous parviendra, je ne serai plus libre... Je n'ai eu qu'un
but, vous protéger du pire... Si je ne pouvais plus être votre épée, j'ai
voulu rester votre bouclier... Je suis et je reste votre chef..."
25 août : la Division Leclerc achève la libération de la capitale. De
Gaulle à Paris s'adresse au peuple.
27 août : Pierre Pleven, ministre du gouvernement provisoire de la république,
dresse à Nantes un premier bilan humain de l'occupation : 75.000 fusillés,
600.000 déportés politiques et 750.000 travailleurs requis en Allemagne.
9 septembre : affichage, dans Paris libéré, de l'ordonnance d'Alger du 9
août rétablissant les lois républicaines en France.
4 octobre : organisation à Paris de la Cour de Justice chargée de réprimer
les faits de collaboration.
23 octobre : condamnation à mort de Georges Suarez, ancien directeur du
journal collaborateur Aujourd'hui.
9 novembre : exécution de Georges Suarez.
15 novembre : confiscation par l'État des usines Renault en raison de
l'attitude collaboratrice de Louis Renault qui fabriquait des camions pour
l'armée allemande.
1er décembre : Bony et Laffont, policiers français de la Gestapo, sont
jugés.
27 décembre : Bony et Laffont sont fusillés.
19 janvier : l'écrivain collaborateur Robert Brasillach est condamné à
mort par la Cour de Justice.
24 janvier : ouverture du procès de Charles Maurras devant la Cour de
Justice de Lyon.
27 janvier : Maurras est condamné à la réclusion perpétuelle. Il s'écrie
: "C'est la revanche de Dreyfus !"
6 février : Robert Brasillach est fusillé.
9 février : les troupes alliées rejettent à l'est du Rhin les dernières
forces allemandes de la poche de Cologne. Le territoire français est
pratiquement libéré.
20 février : le ministre de la justice indique que 1500 condamnation à
mort ont été prononcées par les tribunaux.
22 février : Doriot trouve la mort en Allemagne dans un bombardement.
16 mars : l'écrivain collaborateur Drieu La Rochelle se suicide.
18 avril : les dernières forces allemandes en France capitulent à Royan.
Les premiers déportés survivants du camp de Buchenwald arrivent en
France.
26 avril : venant de Suisse, le maréchal Pétain est arrêté à son entrée
en France.
29 avril : premier tour des élections municipales en France, les premières
depuis 1939.
30 avril : Hitler se suicide dans son bunker de la Chancellerie du Reich.
8 mai : capitulation de l'Allemagne nazie.