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date dernière modification : 22/07/02 Chronique du 8 décembre 1997 Il vous faudra attendre un peu...Lundi 8 décembre 1997 Papon, le prétendu sauveur de JuifsLe président signale qu'un des jurés suppléants est absent pour cause de décès familial.Le Procureur Général Desclaux " Monsieur le Président, en m’associant à la douleur du juré, je requiers d’accepter les excuses. "Le président Castagnède " La cour, par arrêt du 8 décembre, prend acte de l’absence du juré suppléant n° 6, reconnaît les excuses du juré et l’abstient de venir jusqu’à la fin des audiences. " au premier rang, à gauche, Germaine Bonnafon - à droite, Eliane Dommange Maître Nordmann " Suite à l’importante audience et l’interrogatoire de l’accusé par le Procureur Général Desclaux, sur le fonctionnement du service des questions juives, je vous demande de me laisser poser un certain nombre de questions à l’accusé. (...) Vous avez parlé de votre souci de venir en secours aux Juifs (...) tout le monde se souvient de vos pleurs versés à Noël 1943, la veille du départ d’un convoi. (...) L’objet de ma question est de savoir quand vous avez eu le souvenir des sauvetages des Juifs ? Était-ce à la libération ? C’était le moment de le faire valoir. En avez-vous parlé à votre nouveau chef, Monsieur Cusin ? "Papon à son habitude, quand il n’a rien à dire répond à côté, parle de Cusin, de Soustelle de sa prétendue résistance ; de la connaissance qu’en avait eu Soustelle à Londres. La salle sourit quand Papon dit : " J’ai été le premier collaborateur " il parlait de Cusin. Mais enfin...Le président Castagnède " La question précise était de savoir si vous aviez fait des démarches auprès de Cusin et de Soustelle pour parler de vos actions en faveur des Juifs ? "Papon " Naturellement, les archives existent (...) "Quel aplomb, ce Papon !Maître Nordmann l’interroge sur les recommandations de Cusin à Texier, ministre de l’intérieur ; sur la défense de Cusin en faveur de Papon devant les comités d’épuration ; sur le curriculum vitae fait par Papon, lui-même, sur lui-même. Jamais la moindre parole sur ses prétendus sauvetages, sauf à partir de 1981. Papon, avec sa morgue et son arrogance maintenant légendaire, ne se démonte pas, salit au passage Ellul et Delaunay renvoie Gérard (Boulanger) " Maître Boulanger, vous êtes en retard d’un train. " Gageons que le rappel est involontaire ?Puis en conclusion, Maître Nordmann " Papon, pourquoi avez-vous noté treize noms de personnes que vous auriez sauvées du STO [Service du Travail Obligatoire] ? Pourquoi ne jamais avoir parlé des Juifs sauvés ? "Papon "... " Un silence de plusieurs minutes.Le président Castagnède " Papon, on attend votre réponse. "Papon " Je préfère laisser les Juifs en parler eux-mêmes... "Puis Maître Nordmann évoque les tribulations de Papon pour obtenir sa carte de CVR [Combattant Volontaire de la Résistance], deux refus avant de l’obtenir en 1958 et seulement quand il devient préfet de police de Paris. Là aussi, Papon a réponse à tout. Maître Nordmann revient sur les déclarations de Papon devant le Jury d'honneur, là aussi, très succinctes sur le sauvetage des Juifs. Il faut dire que le Papon, sauveur de Juifs, est une invention très récente. Nordmann parle de son témoignage de l’époque du réseau NAP [Noyautage de l’Administration Publique], dont les membres ont été déportés. " Les fausses allégations que vous faites sont symptomatiques des contrevérités que vous faites de la période. Vous vous présentez comme étant sous la menace, mais vous étiez un nanti, un privilégié, vous aviez une voiture, un chauffeur, pas de problème de logement, pas de problème de cartes d’alimentation. Vous ne pouvez pas parler de menaces devant un contemporain, qui lui a vraiment vécu sous la menace, qui n’avait pas de logement, qui n’avait pas de papier et qui, s’il avait été découvert, aurait été déporté. " Puis vient le tour de Maître Klarsfeld : " Vous présentez le service des questions juives comme un service humanitaire, vous aviez un fusil dans le dos.(...) je voudrais lire la lettre que Monsieur Haddad vous adresse, une des lettres les plus émouvantes du dossier : " Monsieur le Préfet, en tant que Juif et en vertu des règlements en vigueur, il ne m’est pas possible de trouver un travail et un logement (...) Je suis tunisien d’origine et je viens vous solliciter pour obtenir un laissez-passer pour rentrer au pays...signé Victor Haddad. " Voici votre réponse au S.I.P.O. SD [SIPO : Sicherheitzpolizei - Police de sûreté. SD : Sicherheitsdienst - service de sûreté nazi] : " J’ai l'honneur de vous adresser copie d’une lettre pour suite à donner. " Le S.I.P.O. SD [SIPO : Sicherheitzpolizei - Police de sûreté. SD : Sicherheitsdienst - service de sûreté nazi] vous répond qu’il refuse. Vous écrivez à Monsieur Haddad le refus. Avez-vous des remarques à faire ? Victor Haddad a été déporté avec ses huit enfants. "Papon " Je veux voir les lettres. "Le président Castagnède " Elles sont au dossier. "Le Procureur Général Desclaux donne les références.Maître Klarsfeld " C’était, il y a cinquante ans que vous auriez dû vous préoccuper de ce courrier ! J’ai lu cette lettre à la mémoire de Monsieur Haddad. Je vous ai demandé si vous étiez intervenu pour la pure forme car je connais la réponse. Je sais très bien que vous n’avez rien fait. "Le président Castagnède " Papon, on vous demande vos observations "Papon " La seule observation que j’ai à faire, c’est que c’est la faute des Allemands. "Maître Klarsfeld " Mais vous qui sauviez des Juifs, vous n’avez pas été ému par ce courrier ? Vous avez dit : "en chaque circonstance, j’ai tout fait pour sauver des Juifs". Un autre exemple : Madame Grossang, son mari est prisonnier de guerre. Les femmes de prisonniers de guerre étaient exemptées de déportation. Pourtant, Madame Grossang est arrêtée et déportée, Léon 7 ans et Ana 6 ans sont aussi déportés par le convoi du 26 août 1942. "Papon " Quelle est votre question ? "La salle réagit vivement : Salaud , Ordure...Maître Klarsfeld " Pourquoi ont-ils été déportés ? "Refus de répondre Maître Klarsfeld " Les Juifs hongrois ont été arrêtés en juillet 1942. Une lettre de Doberschultz les exempte de la déportation, il y a treize Juifs. " Maître Klarsfeld les cite. " Quand ils sont sur les listes d’arrestation, ils sont hongrois, on les retrouve sur les listes de déportation avec la nationalité polonaise. "Papon " Quelle est la question ? "Maître Klarsfeld " Pourquoi avez-vous travesti la nationalité de ces Juifs hongrois ? "Papon " C’est invraisemblable. "Maître Klarsfeld " Monsieur le Président, posez la question à Papon, il me boude. "Rires dans la salle.Le président Castagnède " Je ne peux pas forcer Papon à répondre. "Maître Varaut " Klarsfeld, vous êtes un menteur. "Maître Klarsfeld " Alors, sortez les listes d’arrestation et de déportation, on verra si je suis un menteur. "Le président Castagnède " Oui, je confirme que Maître Klarsfeld a raison, mais, on verra ces points plus tard. "Maître Klarsfeld " Alors, ce n’est qu’un sursis, à moins que votre bronchite ne récidive. "Klarsfeld évoque le cas des Junger, la mère remet une somme de huit mille cents francs pour les enfants, le service des questions juives les confisque. Les enfants Yunger ont été déportés en août 1942. "Papon " Maître Klarsfeld fait une petite erreur : c’est la caisse des dépôts et consignations pas le service des questions juives. Mais c’est un cas particulier, il y en a eu un peut-être dix. "Maître Klarsfeld " Non, Papon, il y en a eu mille six cents. "Papon " Le cas des enfants est le plus douloureux, on en parlait avec le Grand Rabbin Cohen. "Puis, Maître Klarsfeld revient sur Papon qui travaillait une mitraillette dans le dos et pourtant les rapports mensuels des Allemands montrent que les relations ont toujours été au beau fixe ; ce que le président Castagnède confirme. A un moment, Klarsfeld l’invective " Vous n’avez pas honte. " Papon " Je refuse de répondre. "A une autre question concernant Sabatier qui, en 1949, prête à Luther des propos en totale contradiction avec les allégations de Papon, Maître Klarsfeld : " Monsieur le Président, Papon me boude. "Le président Castagnède " Reposez votre question "Maître Klarsfeld la repose, Papon " Sabatier, c’est lui, moi c’est moi. "Maître Klarsfeld évoque alors les rapports de Papon avec les Allemands, Nahrich à qui les résistants auraient rendu hommage : " Papon vous avez rendu hommage à Nahrich ? " Il parle de la seule rafle faite par les Allemands en décembre 1943, soixante-dix neuf Juifs français et deux mois plus tard les Français raflent deux cent vingt-huit Juifs français " N’y voyez-vous pas une contradiction ? "Papon " Les chiffres sont faux. Klarsfeld triche avec les chiffres. Ce n’est pas soixante-dix neuf, c’est cent huit. "Maître Boulanger " Alors dans ce cas, en janvier, c’est quatre cent dix-sept. "Maître Klarsfeld " Je ne parlais que des Juifs français "Papon " Il y a un vent de syllogisme. "Maître Klarsfeld " Papon est fâché aussi avec les chiffres. On ne parle pas de chiens ou de chats, mais d’êtres humains. " Klarsfeld cite un courrier du service des questions juives qui proteste contre la SEC [Section d’Enquête et de Contrôle] qui radie des Juifs : " Alors c’est comme ça que vous radiez les Juifs ? "Papon " Depuis que Klarsfeld a pris la défense de Dehan, je refuse de lui répondre. "Maître Klarsfeld évoque les actions de Papon en faveur des Américains. " Papon résiste et refuse aux Allemands. Pourquoi n’avoir pas fait la même chose avec les Juifs ? "Papon " On mesure toute la naïveté de Klarsfeld, il n’a pas vécu cette époque. "Enfin, Maître Klarsfeld conclut en évoquant un point important, qui met à mal la défense de Papon, qui prétend qu’il a toujours signé en présence et sous les ordres de Sabatier. Or, Sabatier, le jour des signatures des ordres concernant la rafle de juillet était absent, dans l’Eure. C’est ce que dit " " La Petite Gironde " ". La nouvelle surprend tout le monde, le président Castagnède et ses assesseurs. Mais surtout Varaut qui, visiblement, ne s’attendait pas à cet oubli dramatique de son client. A l’annonce faite de cette nouvelle, ça remue dur du côté de la défense, c’est la panique...Maître Klarsfeld " Voici ma dernière question, si c’était à refaire, est-ce que vous le referiez ? "Papon " Oui, sans aucun doute. "Maître Klarsfeld " Madame Grossang, Léon et Ana apprécieront votre réponse. "Vient le tour de Maître Favreau. Il aborde le sens que Papon donne aux missions spéciales dans le service des questions juives. Mais cela ne donne pas grand chose.Maître Levy aborde les mensonges de Papon sur le port de l’étoile jaune que les Juifs étaient obligés de venir chercher au service des questions juives et de payer. Puis il aborde un point important, une note de Garat d’avant l’arrivée de Papon, indiquant qu’il se prépare une grande rafle. Malgré les interrogations de Maître Levy et du président Castagnède, Papon nie contre vents et marée en avoir connaissance. " Vous permettez à l’avocat, qui était au procès Touvier, de noter la similitude de votre défense avec celle de Touvier, qui disait que le statut des Juifs les protégeait. " Moment important quand Papon reconnaît les propos de Maître Levy " Que pensez-vous des déclarations de tous les inspecteurs de police qui disent que les ordres de police viennent de la préfecture ? "Papon " Tout à fait d’accord "Maître Levy semble ne pas en croire ses oreilles " Vous voyez Mesdames et Messieurs les jurés, Papon reconnaît que les ordres venaient de la préfecture. "Maître Varaut " Du préfet "Maître Levy " Non, de la préfecture et cela rejoint les propos de Garat et de Dubarry. "Maître Levy en arrive au camp de Mérignac, il s’attache à prouver qu’il s’agissait d’un camp de concentration selon la terminologie de l’époque et qu’il était sous l’autorité directe de Papon : " Cela en rajoute encore à votre responsabilité. Vous donnez les ordres d’internement et vous êtes responsable du camp de concentration de Mérignac. Alors votre responsabilité est totale. "Maître Jacob prend la relève et provoque la colère de Papon. Quand, après avoir abordé la fameuse note de Papon à Dubarry, dans laquelle Papon dit : " la discrimination entre Juifs et aryens étant faite et ayant donnée toute satisfaction, et les cas douteux étant, je pense en voie de réglement... puis ... il faut essayer de libérer les Juifs intéressants. " Il accuse Papon d’enfermer les Juifs intéressants à Mérignac et les Juifs non intéressants de les faire déporter. "Papon " Je m’insurge, je ne peux pas laisser dire ça. Monsieur le Président, intervenez ! "Le président Castagnède " Je ne peux pas intervenir. " Papon " Dans ce cas, je renonce. "Le public réagit violemment, " Tu n’as qu’à avouer ! "Maître Blet porte l’estocade finale en démontant, de façon claire et précise, le système de défense de Papon : " Vos contradictions sont flagrantes. Vous dites que, quand vous êtes le subordonné de Sabatier, vous n’êtes pas responsable et quand vous agissez en tant que supérieur hiérarchique vis à vis de Garat, vous n’êtes pas responsable non plus. Vous n’avez jamais aucune responsabilité. Vous dites : " j’en ai signé, mais d’autres aussi ", je ne vois pas en quoi le fait que d’autres aient commis des actes répréhensibles vous absoudrez ? Votre conseil dit, en contradiction avec vous, que quand vous signez, vous êtes le metteur en œuvre ? "Papon " C’est en accord avec le préfet. "Maître Blet " Si vous êtes en accord, c’est que vous êtes d’accord. "Papon " Je voulais dire, après la décision du préfet. "Maître Zaoui " Vous faites souvent cette erreur. "© Copyright 1997, J.M. Matisson
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© Affaire Papon - JM Matisson |
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