Chronique du 28 janvier 1998
Papon, le pseudo résistant avoue avoir arrêté des résistants...
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Aujourd'hui, colère dans le prétoire... Maître Levy
demandera à Papon le 3 février s'il était mandaté par la résistance pour faire
déporter des juifs, avec l'incident d'aujourd'hui au sujet du docteur Schinazi, on peut
rajouter s'il était mandaté par la résistance pour faire déporter des juifs
résistants. On verra le cas Jonet plus tard...
L'audience commence par Papon qui demande la parole, il veut intervenir sur le convoi.
Maître Boulanger « Moïse Schinazi m'a remis une lettre, un document en mauvais état de
son père du camp de Beaudésert, section des étrangers. Cela prouve ce que disait
l'avocat général sur la façon cavalière et désordonnée dont on emprisonnait les
gens. »
Le président Castagnède après avoir consulté le document, le présente aux parties.
Papon « Je voudrais d'un mot revenir sur le débat d'hier qui a illustré parfaitement
les approches des parties civiles. Elles sont illustrées par des conclusions à partir de
tel ou tel sujet qui avait trait à un autre sujet. Pourquoi ? Parce qu'il est impossible
de prouver quoi que ce soit, il leur est impossible de prouver l'arrestation, la
séquestration, l'assassinat contre l'accusé. » Quand monsieur l'accusé de crime contre
l'humanité se fâche, il parle de lui à la troisième personne... »
[ ici croquis d'audience ]
« Je voudrais mettre de l'ordre dans ce désordre. L'arrêt de renvoi a commis une
bévue, il est absurde. On me reproche un acte négatif, c'est à dire une abstention,
celle de n'avoir pas fait libérer Sabatino Schinazi, c'est une manoeuvre, l'arrêt de
renvoi brandit les accords Oberg Bousquet. Ils sont très critiqués mais quand on en a
besoin, on les appelle au secours. Le cas du Docteur Schinazi, il y a effectivement un
problème à son égard, je veux montrer avec une approche de la vérité qu'on ne trouve
pas dans les documents » Il cite Rachel Schinazi lors de son interrogatoire, en 1947. «
Cela ne résout pas le sort du docteur Schinazi et fait partie des incertitudes dont a
parlé Bergès. Si il a été déporté à Dachau, c'est parce qu'il est déporté
politique, résistant. Alors pourquoi m'imputer la déportation du Docteur Schinazi ?
Pourquoi Papon apparaît-il dans le champ de vision de la famille Schinazi ? Je suis
victime de la presse, de la famille Schinazi, de Slitinsky, j'accuse Maître Klarsfeld
d'avoir forcé la main à madame Stajner. Papon est un coupable tout fait ; mais il n'a
rien à se reprocher. »
Maître Boulanger veut intervenir mais le président Castagnède refuse de lui donner la
parole « Si je vous donne la parole, il faudra la redonner à la défense et on en finira
pas. »
Maître Levy « Les droits de la défense sont sacrés, il a droit de mentir, mais là il
répond une chose aux questions et le lendemain, il revient sur ce qu'il a dit. »
Maître Boulanger se lève et quitte le prétoire.
Michel Slitinsky se tourne vers moi, « il a raison, qu'est-ce qu'on fait, on part. » Je
lui réponds « oui, je suis d'accord », Michel se lève, suivi par la totalité (ou
presque) des parties civiles.
Le président Castagnède " Sortez, mais sortez en silence. »
Dehors, au moment où nous sortons, Michel Slitinsky en tête, nous croisons Gérard
Boulanger, « on est sorti avec toi par soutien ». Il faut dire que les fois
précédentes, Gérard était sorti du prétoire, seul. Quand il voit toutes les parties
civiles sortir, il nous lance un « Merci, merci ». Arrivent ensuite les journalistes,
une bonne partie qui a estimé qu'aujourd'hui, l'actualité était hors la salle
d'audience. Les avocats restent dans le prétoire, sauf un (dont je tairai le nom) qui
arrive en retard et se retrouve avec nous...
Ici, nos réactions,
Maître Gérard Boulanger « C'est intolérable, on ne peut pas laisser dire n'importe
quoi à l'accusé (en réalité les termes employés par Gérard sont plus crus), Schinazi
a été déporté à Auschwitz, et à la fin de la guerre devant la montée des troupes
soviétiques, il a fait la marche de la mort et s'est retrouvé à Dachau. C'est tout ce
que je voulais dire à l'audience. Je voulais rétablir la vérité. »
Eliane Dommange « Quand on voit la bravoure de Samuel [Schinazi ] dans la résistance et
qu'on la compare à la lâcheté de l'autre, on voit la différence. »
Michel Slitinsky « Il était normal qu'on se solidarise avec nos avocats, nos intérêts
sont liés. Et quand on voit la liberté qu'on laisse à Papon pour nous insulter, il faut
que le président mette un haut-là. Papon a insulté le président, le ministère public,
nos avocats, les parties civiles maintenant il insulte les victimes. Il fallait qu'on
réagisse. »
Je dois dire que je partage tout à fait l'avis de Michel, et je rajoute que Papon et ses
nervis. Je jette un oeil dans le dictionnaire pour savoir si nervi prend un s au pluriel
et bizarrement l'exemple donné est « nervis fascistes ». Je vérifie, surpris, l'auteur
sur la tranche du dictionnaire, c'est pourtant le ô combien conforme « Le Robert ».
Dans la foulée, cela me fait penser que j'ai reçu sur le site Internet deux courriers de
deux étudiants canadiens qui font une étude sur l'évolution du vocabulaire et qui ont
choisi notre site des parties civiles pour faire cette étude, le premier s'interrogeait
sur le sens que je mettais derrière « paponisme », la seconde s'interrogeait sur
l'emploi et l'usage des mots « crime contre l'humanité ». Alors à leur attention je
leur propose nervis paponesques, et me mets à rêver à cette scène croustillante : on
verrait dans leur beaux habits verts, nos chers perpétuels Druon et Varaut étudier
l'emploi du mot nouveau « paponesque » et se demander si on doit l'utiliser dans le sens
de Pro Papon ou comme synonyme de fasciste révisionniste. J'en jouis intellectuellement
d'avance. Mais gageons que le terme sera repris avant nous par nos cousins canadiens.
Donc, je disais que les nervis paponesques ont sali de leurs insultes - je reprends les
attaques depuis le début du procès - les victimes de la Shoah, Yves Jouffa, la petite
Nicole Grunberg, mon cousin Bernard Fogiel, les enfants Stopnicki d'un revers de la main,
aujourd'hui le bon docteur du peuple Sabatino Schinazi, le grand Rabbin Cohen, madame
Ferreyra, la famille Stajner, les familles d'accueil des enfants de juillet, Mgr Feltin,
les victimes juives du camp de Drancy, la race germanique, Maurice Duverger, les
protestants de France, les communistes, les historiens américains, le complot judéo
communiste international, les aviateurs anglais, Paul Amar, la révolution de 1789, les
journalistes, les avocats des parties civiles, Lionel Jospin, les gaullistes pro
chiraquiens, les vrais résistants, les magistrats instructeurs, les parties civiles
elles-mêmes, Juliette Benzazon, Michel Slitinsky, mon père, moi-même au cours d'une
émission radio « le téléphone sonne », etc.
La liste des éloges du camp de la défense est directement inverse même si on y retrouve
en si mauvaise compagnie, Simone Weill, le chef de Feld Kommandantur de Bordeaux, Bergès,
Garat, Amouroux, Louis XVI, le beau-père de Varaut. Je ne comprends pas, nous ne
comprenons pas que le président Castagnède laisse l'accusé de crime contre l'humanité
parler ainsi ? Bon d'accord, cela joue en sa défaveur, mais il y a des limites au
tolérable. Et ces limites ne sont pas celles de ligne de démarcation. Ne seraient-elles
pas plutôt les mêmes que franchissait naguère une certaine équipe préfectorale
bordelaise ? »
Jackie Alisvaks « Nous devons être en harmonie avec nos avocats et il est
incompréhensible de laisser bafouer la mémoire de la famille Schinazi et des déportés
et ne pas laisser Boulanger rétablir la vérité. »
Carole Lemée « En tant que citoyenne, je m'interroge sur le fait de savoir pourquoi
quand il a la parole en dernier, il comprend que certaines de ses réponses étaient
déplacées quand il répond avec la charge ou sous la pression émotionnelle. Déjà,
Librach, Gheldman et Jackie l'avaient fait remarquer, systématiquement, il ne répond pas
aux parties civiles et le fait le lendemain. Il a déjà parlé en dernier hier. Ses
propos sont tendancieux, il est politique, Si Schinazi meurt à Dachau, c'est parce qu'il
vient d'Auschwitz et part sous la pression des russes. Papon lui utilise un raccourci,
Mérignac, Drancy, Dachau. »
René Panaras « Quand j'ai entendu Papon jeter le discrédit sur le Docteur Schinazi,
dire qu'il était parti à Dachau comme déporté politique, mon beau-père, Simon Lubieez
l'a vu le dernier à Auschwitz 8 jours avant qu'il ne meure, il était à Auschwitz, il
l'a reconnu de suite, c'est Sabatino qui avait fait la circoncision de son fils,
gratuitement d'ailleurs. Schinazi est parti dans la marche de la mort, mon beau-père est
parti à Dora et Sabatino pour Dachau, il est mort à Dachau, je suis outré, on ne peut
pas laisser dire les choses comme ça. »
Samuel Schinazi « Je considère que la réaction du président est regrettable, il
n'avait aucune raison, aucun droit d'interdire à Boulanger d'intervenir à partir du
moment où Papon venait de contredire ce qui avait été dit la veille, il fallait
réagir. Ou alors, il fallait en terminer hier soir et on ne donnait pas la liberté la
liberté à Papon d'en parler. Mon père venait d'Auschwitz et est allé à Dachau, il
faisait parti d'un Kommando de 21 déportés à Kauferttin. Mon père, c'est la
préfecture de la Gironde qui l'a arrêté et qui en a donné l'ordre. Ma mère a vu les
Allemands qui ont dit « on ne peut rien faire, ce sont les Français qui ont arrêté
votre mari. ». Je trouve l'incident regrettable de la part du président, parce qu'on
laisse dire n'importe quoi à Papon, il cite ma soeur, en 1947, elle était mal informée,
elle parle des Allemands alors qu'il s'agit de la préfecture. Ma mère a subi des
pressions de la police, on lui a fait dire, c'est Dehan alors que c'était Garat. »
Armand Benifla « Pour moi, c'est encore une tactique de Papon et de Varaut, il se sentent
concernés et ils veulent sortir de la nasse. Sabatino est allé à Auschwitz et en ne
citant que Dachau, il montre que plus on va vers le verdict, plus il a peur, il se défend
de façon déloyale. »
Maurice Matisson « J'ai quitté la salle en solidarité pour Boulanger. Ce n'est pas par
réaction contre le président Castagnède, c'est une réaction contre la tactique de la
défense qui consiste à effacer les acquis des débats de la veille. C'est une infamie
qui consiste à insulter les victimes et leur mémoire. Dire que le Docteur Schinazi
était un résistant ne tient pas, il a été arrêté par les gendarmes Français. S'il
avait été un résistant il ne serait pas resté plus d'un an à Mérignac, il aurait
été à Souge ou au fort du Hâ. Ou alors si Schinazi a été résistant, cela signifie,
qu'un Papon pseudo résistant a participé à la déportation d'un résistant. »
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© Copyright 1997, J.M. Matisson