20/01/98 : Papon , le sauveur de juif à Bergès, le sauveur de Papon : Merci !

Chronique du 20/01/98 : Papon , le sauveur de juif à Bergès, le sauveur de Papon : Merci !

Papon , le sauveur de juif à Bergès, le sauveur de Papon : Merci !
Ou le politologue mou dans une science molle....

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Le président Castagnède fait le compte avec le témoin des pièces qu'il a versé, 49. Puis il interroge Bergès sur la façon dont il s'est procuré le manuscrit du grand Rabbin Cohen. Comment Bergès en est-il le dépositaire ? Bergès explique que suite au procès « Papon Le Nouvel Observateur », la famille Cohen contestait son témoignage publié dans Le Monde. Il avait été déformé par le journaliste du Monde, Laurent Greisalmeir qui aurait rapporté de façon erronée que « le grand Rabbin Cohen aurait livré les enfants aux SS ». Bergès aurait demandé un droit de réponse et pour le préparer aurait rencontré ou obtenu ce manuscrit.


Le président Castagnède demande « l'état des réflexions » de Bergès, sur les enfants de juillet 1942.

[ Ici croquis d'audience du président Castagnède ]


Michel Bergès

[ ici croquis d'audience de Michel Bergès ]


« Au cours d'une réunion avec le préfet, Garat a dit que les SS exigeaient leur retour. Il semblerait qu'il y ait eu négociation autour des enfants ayant une famille directe. (...) » Bergès répète ce qui a déjà été dit au cours de l'audience à ce sujet. « Je ne dirai plus que le service des questions juives a livré des enfants. Les témoins sont encore vivants, il faudrait lancer un appel à témoin. »


Le président Castagnède " Nous ne sommes pas ici pour lancer un appel à témoin. »


Michel Bergès, sur la note du 14 juillet 1942, commet plusieurs inexactitudes, « Leguay dit, nous à Paris, on a obtenu que les enfants accompagnent leurs parents, essayez de faire pareil. »


Le président Castagnède veut alors vérifier avec la pièce, car il n'a pas le souvenir d'avoir lu cela.


Chaque avocat, y va de son « c'est à la côte untel, non à la côte untel », Maître Touzet, le plus rapide montre la lettre du 14 juillet « Elle ne dit pas du tout cela. »

[ ici, image du document ]


Le président Castagnède " Finalement, la négociation a eu lieu entre qui et qui ? »


Michel Bergès « Je n'ai aucun éléments, ce ne sont que des suppositions. »


Maître Klarsfeld démontre que Bergès a commis une erreur dans sa lecture du dossier et il ironise sur le versement de pièces de Bergès.

[ ici croquis d'audience de Maître Klarsfeld ]


Le président Castagnède continue à questionner Michel Bergès sur le grand Rabbin Cohen et les enfants, le président semble très sensible au cas des enfants. Il revient sur l'utilisation du terme de « prétexte fallacieux » utilisé par le grand Rabbin Cohen et sur ses tentatives de trouver ou d'inventer des familles d'accueil aux enfants. Michel Bergès n'apporte rien de neuf, se répète, commet même des inexactitudes ou des contre vérités sur le frère d'Esther Fogiel et en conclusion, exprime sa grande incertitude.


Le premier assesseur

[ ici croquis d'audience ]


« Vous avez dit que vous étiez spécialiste de la police. Pouvez-vous citer des exemples de policiers français sanctionnés pour ne pas s'être soumis aux ordres donnés par les autorités françaises ou allemandes ? »


Michel Bergès répond à sa manière, une affirmation catégorique suivie d'une réponse évasive, méandreuse et paresseuse comme la Garonne autour de Bordeaux « Oui, il y a eu le cas d'un policier qui a été résistant, il a aidé une famille de Pessac à fuir. Il y avait à Bordeaux 2 000 policiers, 40 ont été arrêtés à la Libération comme collabos et une quarantaine ont eu la promotion de la résistance. Il y a eu environ 120 policiers arrêtés par les allemands notamment pour fait de résistance. Il y a eu de façon concrète des policiers inquiétés. Il y avait beaucoup de pression, une menace permanente des allemands, des contrôles la nuit, ... »


Maître Klarsfeld « Oui, mais combien ont été sanctionnés ? »


Michel Bergès « Je n'en ai pas de traces. »


Maître Klarsfeld « Merci, circulez... »


Michel Bergès surpris s'arrête.


Le président Castagnède " Continuez. »


Michel Bergès « Il y a eu les gendarmes, sanctionnés lors des évasions. »


Le président Castagnède " Qui ? »


Michel Bergès « Gassiot. »


Un avocat « Qui a été fusillé ? »


Michel Bergès « Il n'y a pas eu de fusillé. »


Le président Castagnède repose la question et avoue « Excusez-moi, mais avec votre réponse, j'ai perdu un peu le fil. » Avec Bergès quand on entend la réponse, on ne sait plus quelle était la question.


Michel Bergès « Non, il n'y en a pas eu à part Gassiot. »


Le président Castagnède " Qui est-ce, un gendarme ou un policier ? »


Michel Bergès « Un gardien du camp de Mérignac. » Puis, Bergès et le président font le compte des évasions sur la période, Bergès en compte neuf, le président 5 ou 6.


Le procureur général Desclaux

[ ici croquis d'audience ]

« Je veux apporter des informations à partir des pièces du dossier. Gassiot est de garde à l'hôpital St André quand Ida Bar (le procureur général Desclaux donne les détails de son parcours jusqu'à cette chambre d'hôpital ), s'évade, le 21 octobre 1943 à 6 heures du matin. Gassiot est de garde. On a plusieurs pièces entre le procureur et la préfecture. Le procureur est saisi par la préfecture. Le 5 novembre, le procureur demande si Ida Bar a été internée par décision administrative. Le procureur écrit à la préfecture « J'ouvre deux actions suite à ma demande du 5 novembre et à la dépêche du 16 novembre, une contre Ida Bar et une contre Gassiot. » Je rappelle qu'au cours de l'instruction, Papon répondra qu'elle a été arrêtée sur l'ordre des allemands. Et enfin, le 11 janvier 1944, le procureur écrit au préfet qu'il rend une ordonnance de non lieu pour Ida Bar et Gassiot Voilà ce que nous avons au dossier. »


Maître Daigueperse «

[ ici croquis d'audience ]

« Je voudrais faire une observation préalablement à ma question. Il y a eu un certain nombre d'allusions diffamatoires à la mémoire du grand Rabbin Cohen. Le consistoire israélite de la Gironde entend qu'il soit répondu de façon définitive à ces calomnies lors de l'audition de Michel Cohen. Le témoin a dit qu'il tenait le manuscrit du grand Rabbin Cohen par sa famille, qui les lui a remis précisément ? »


Michel Bergès « Par l'intermédiaire de Maître Boulanger, c'est Maître Cohen - (?) de Nice qui me l'a remis. »


Maître Daigueperse « A supposer que ce document soit authentifié par Michel Cohen, lors de son audition. Je trouve ce document intéressant car il décrit de façon précise le déroulement de la rafle. Garat y participe bien. » Maître Daigueperse cite un passage « Garat revient me voir un mois après en me disant, il faut livrer les enfants, j'avais beau inventer des familles apparentées, on me les a enlevés » Maître Daigueperse insiste sur le fait que le manuscrit prouve aussi que le ramassage est effectué par les assistantes sociales de la préfecture, il y en a 7. Il est bien fait, on le voit par le service des questions juives. « Je tenais à remercier Michel Bergès pour cet apport. »


Le président Castagnède " L'accusé a aussi parlé d'assistantes sociales. »


Maître Daigueperse « Oui, mais qu'on ne dise plus, alors qu'il s'agissait d'assistantes sociales de la communauté. » Puis Maître Daigueperse revient sur l'incident Le Monde, Schneiderman rapporte que Bergès a dit que le grand Rabbin Cohen a livré les enfants aux SS, puis elle cite le droit de réponse de Bergès. « Est-ce que vous confirmez, Maurice Bergès ? » Tout le monde se marre. « Euh, Excusez-moi, mais le lapsus est intéressant. »


Michel Bergès s'explique « J'ai changé d'avis, j'ai eu connaissance de nouveaux documents »


Maître Daigueperse « Quels éléments nouveaux ? »


Michel Bergès « Il y a eu négociation » Les avocats des partie civile hurlent, protestent.


Le président Castagnède demande que les avocats des partie civile se taisent, ils plaideront tout leur saoul plus tard.


Michel Bergès « Il y a ce document de l'organisation américaine, L' « American Joint Comitee », il y a un témoignage. » Bergès s'explique


Maître Daigueperse « Donnez des faits précis, des preuves. »


Michel Bergès dit qu'il ne peut pas ou ne veut pas donner ses sources.


Puis intervient Maître Favreau

[ ici croquis d'audience ]


« Merci monsieur le président, Bonjour à Michel Bergès, je suis un de ceux qui ont insisté pour demander son audition anticipée, et comme je le pensais, elle nous a amené à revenir sur des convois que nous avons déjà étudiés. » Ainsi que l'a dit l'avocat général Robert, il y a trois parties dans votre déposition, une partie méthodologique et tout le monde est d'accord avec vous. Une partie dans laquelle vous avez reconnu être l'inventeur ou le co inventeur de l'affaire. Il a à ce titre écrit plusieurs ouvrages, dont deux qui me semblent importants. J'ai eu l'honneur de déposer au dossier, un de ces ouvrages, ce n'est pas du tout un rapport fait pour les besoins de la cause, mais au contraire, c'est un ouvrage excellent que j'ai versé aux débats. C'est la première de l'histoire de la rafle de juillet 1942. Je voudrais demander des précisions sur les pièces et sur le fonds documentaire qu'est la mémoire de Bergès. Pourquoi est-il revenu sur ce document ? Mais êtes-vous sur qu'il y a vraiment un retour en arrière ? Quand il a été écrit, vous avez 33 ans, vous êtes un homme responsable, c'est une oeuvre estimable. Vous indiquez d'ailleurs à titre de précautions scientifiques qu'il manquait des documents et quand vous évoquez le problème de traduction, ce n'est pas une découverte, vous l'avez déjà signalé en 1986. Vous êtes d'accord pour dire qu'il n'y a aucun fait nouveau ? »


Michel Bergès « Absolument, il y a des faits qui sont définitifs et des faits qui amènent de nouvelles interprétations. Ce n'est pas un ouvrage vendu en librairie, mais un rapport remis au juge Nicod. D'ailleurs son nom est « Rapport provisoire... ». Mon évolution n'est pas le fruit d'un reniement, mais celui d'une progression solitaire. »


Maître Favreau « Cela ne change rien au problème, vous parlez d'une tendance nouvelle, soit. Mais pourquoi avez-vous l'air de renier votre propre travail ? D'autre part, je vous rappelle que si l'instruction a été annulée, les pièces ne l'ont pas été, le juge Braud quand il récupéré le dossier, a passé 18 mois à les classer. Ici, ce ne sont pas les historiens qui tranchent mais la cour et les jurés. En 1986, vous disiez « Au lieu de refuser de mettre en oeuvre, de résister, elle [la préfecture ] accepte la mesure sans se soucier des conséquences » « C'est à ce moment que l'équipe bordelaise allait perdre son honneur. »


Michel Bergès « Votre démonstration montre implacablement que la méthode analytique ne se suffit pas à elle-même » Bergès re explique pourquoi et comment il a changé d'avis, mais doit finalement reconnaître que de documents nouveaux, il n'y en a pas et que finalement, il n'y a que le témoignage de Jean Milha qui l'a fait changé d'avis. Qu'un procès, c'est important, il se devait de venir témoigner. Que Garat n'a pas trafiqué les nationalités.


Le président Castagnède lui rappelle que si ce procès est important, en 1986, l'instruction criminelle était tout aussi importante.


Maître Favreau « Mais comment pouvez-vous dire qu'un témoignage remet en cause tout le fonds documentaire ? » Puis est abordé la place de Techoueyres au service des questions juives, Bergès affirme que Techoueyres était présent, Maître Favreau lui signale qu'il est en contradiction avec son mentor [le terme n'est pas du président Castagnède ]. Sur les relations préfecture police, à la question « Qui donne des ordres à Techoueyres ? » Bergès aura cette réponse croustillante, « Garat s'en en informer Papon. ». On dirait du Papon dans le texte.


Autre incident, lorsque Maître Favreau aborde un document du Comité de Libération, « Garat, vous êtes sous le feu des projecteurs, ceux-là sont solides, ils ne se sont pas démantelés » La salle sourit, sauf le procureur général Desclaux qui ne semble pas apprécier. « Garat est un tout jeune homme de 22 ans, juste licencié en droit, vous disiez que Garat avait appartenu au PPF et aux amis du Maréchal ? »


Michel Bergès « Rien de sûr pour les amis du Maréchal, il y avait 2500 adhérents, je n'ai pas la liste, en 1938, Garat a appartenu à l'UJPF. Mais ce document qui vient du C.D.L. est douteux. »


Maître Favreau « Pour vous, tout ce qui vient des résistants est douteux ! Il n'y a rien de pire que des avocats qui veulent se faire historiens, si ce n'est des politologues qui veulent plaider. » Puis Maître Favreau demande à Bergès d'expliquer ce qu'était le PPF et s'assoit. « Un parti fasciste créé par Henriot. »


Le président Castagnède " Je veux revenir sur un point, vous insistez sur le témoignage de Jean Milha, vous dites qu'il a été déterminant ? »


Michel Bergès « Pas déterminant, important. »


Le président Castagnède " Quand l'avez-vous réalisé ? »


Michel Bergès « En deux fois, en 1983 et en (?) »


Le président Castagnède " Pourquoi est-il décisif ? »


Michel Bergès « Parce qu'il dit la présence contraignante des allemands, la Feld gendarmerie était dans les voitures, la Feld gendarmerie donnait les listes. »


Le président Castagnède " En quoi cela est-il déterminant ? »


Michel Bergès « A cause de la présence des allemands. »


Le président Castagnède " Vous a-t-il parlé des enfants ? »


Michel Bergès « Il a parlé d'une dame qui au camp de Mérignac lui remet des bijoux pour qu'il les remette à ses enfants. Il faudrait rechercher qui sont ces enfants et cette dame. »


Maître Klarsfeld « Bergès, vous cherchez des informations, sur l'American Joint Comitee, j'ai posé la question à Papon s'il savait que l'American Joint Comitee était intervenue auprès de Bousquet pour lui demander d'envoyer aux Etats Unis 500 enfants, et Bousquet avait répondu que ce n'était pas possible parce qu'on ne pouvait pas considérer que les enfants étaient orphelins, on ne savait pas avec certitude que les parents étaient morts. Sur les juifs hongrois, en avril 1943, Papon lance l'ordre d'arrêter 4 juifs hongrois,

[ ici, image de l'ordre d'arrestation ]


suite à cela, les allemands demandent des explications, Papon dit qu'il n'en a arrêté que deux seulement, pourquoi n'a-t-il pas arrêté les autres ? Parce que Papon a déjà fait arrêter Braun en 1942, il est dans le convoi de juillet 1942. Papon a honte, voilà les vraies explications. » Puis Maître Klarsfeld interroge Bergès sur une autre affirmation sans preuve du politologue au sujet d'une audience qu'aurait eu Sabatier avec les SS. Puis demande combien y a-t-il eu de préfectures régionales en France ? »


Michel Bergès « Je ne sais pas »


Maître Klarsfeld « Ne trouvez-vous pas étonnant que vous ne sachiez pas le nombre de préfectures régionales en France ? Revenons sur la question initiale pourquoi faire croire à la cour que Sabatier a rencontré Doberschultz ? »


Michel Bergès « Il fait une demande d'audience, il a dû le rencontrer. »


Maître Klarsfeld « Non, le 5 juillet 1942, Sabatier est à Paris. »


Michel Bergès « D'ailleurs, Papon signe parce que Sabatier est à Paris. »


Le président Castagnède " Pourquoi d'après vous est-ce logique que ce soit Papon, savez-vous où est Boucoiran ? »


Michel Bergès « Non »


Le président Castagnède " Alors pourquoi en déduire que c'est normal que ce soit Papon qui signe ? »


Michel Bergès « Vous avez raison, j'ai peut-être été un peu vite. »


Maître Klarsfeld « Comment voulez-vous expliquer une politique régionale sans connaître la politique nationale, c'est inepte ? »


Le président Castagnède " Maître Klarsfeld, ce n'est pas une question, c'est un jugement. »


Maître Klarsfeld « Vous avez raison, ne trouvez-vous inepte, monsieur l'historien de vouloir expliquer une politique régionale sans connaître la politique nationale »


Michel Bergès « Mon sujet c'est la préfecture régionale de Bordeaux pas la France. »


Maître Klarsfeld « Tout ça ne nous fait pas savoir combien il y a de préfecture régionales en France. Même un enfant de dix ans le saurait. ». Etc. Etc. Arno Klarsfeld aborde la question des interventions de Sabatier en faveur des juifs français et pas pour les juifs étrangers.


Michel Bergès « On ne désobéit qu'une fois à un ordre des SS. »


Maître Klarsfeld « Combien de fonctionnaires ont été fusillés en 1942 pour avoir désobéi ? »


Michel Bergès « Je ne sais pas, je n'ai pas étudié la question. »


Maître Klarsfeld « Si, on peut refuser d'obéir aux ordres » il cite l'exemple du préfet de Rouen.


Michel Bergès « Oui, mais Leguay dit à Sabatier, si vous refusez d'obéir aux ordres, ce sera pire. »


La question de savoir si les allemands pouvaient se passer ou non des français confirme le désaccord entre Bergès et Klarsfeld. Le premier dit qu'il pouvaient s'en passer. Klarsfeld cite les historiens et leurs chiffres qui confirment que les allemands n'étaient pas assez nombreux en France.


Maître Jakubowitz intervient alors pour parler du côté suréaliste de la situation actuelle, en 1990, dans le procès « Papon Le Nouvel Observateur » il était de l'autre côté de la barre, Varaut à sa place et à la barre il y avait le même homme qui tenait toujours sous serment des propos inverses. « J'admets qu'il ait pu y avoir une évolution...

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