17 Octobre : Pardonner ? Mais Papon demande-t-il pardon ?

Chronique du 17 octobre 1997

PARDONNER ? MAIS PAPON DEMANDE T-IL PARDON ?

Précédent ] Première page ] Suivant ]

L'audience d'assises commence par une mise au point importante de M° Jakubowitz (Consistoire Israélite) qui revient sur la déclaration de Pierre Messmer de la veille. " Cette déclaration m'apparaît intolérable, elle visait le président de la République Jacques Chirac. A titre d'information dans cette déclaration capitale, le président de la république évoquait ces heures noires qui souillent à jamais la mémoire .... " Dans cette déclaration, en 1995, Jacques Chirac n'avait pas mélangé les Français qui avaient trahi l'honneur de la France et ceux qui s'étaient battus pour la restauration de la république. M° Jakubowitz la cite intégralement et demande qu'elle soit acquise aux débats. Ce que le président accepte.

M° Varaut : " L'ambassadeur Walter Eytan a déclaré dans la presse qu'il contredisait les propos de Papon d'hier, et qu'il ne lui avait jamais adressé de félicitations. Je demande que soit produite la mitraillette remise à Papon par l'ambassadeur Eytan "
Le président Castagnède lui explique qu'il n'a pas besoin de permission pour produire une pièce.

Entre maintenant le Révérend Père Lelong, Michel, 72 ans, Prêtre catholique, missionnaire Père Blanc. : " Je ne connais pas Papon - Je connais la période 40-45 - J'avais 15 ans en 40 - vivait dans l'espoir de De Gaulle - Très vite déçu par Pétain - Angoissé et révolté au vu de l'étoile jaune - Révolté par le silence des évêques, leur collaboration - Choqué par ce que subit Papon, aujourd'hui" etc. Il conclut en demandant au jury de pardonner et en lançant un appel à la réconciliation. Je trouve son intervention particulièrement choquante, il ne connaît pas Papon, à quel titre témoigne-t-il ? Par qui est-il mandaté pour demander au jury de pardonner ? Représente-t-il l'église ? Cela me rappelle les propos de Simone Weill qui disait un jour que nous voulions bien pardonner, mais qui demande pardon ? Papon a-t-il jamais demandé pardon ? A-t-il jamais eu le moindre remords pour ses actes ? Comme depuis le début de l'audience, a-t-il jamais eu un regard vers les parties civiles ? Le procureur Desclaux restitue le procès, ce n'est pas celui de Vichy mais d'un homme. Lui demande quelles ont été ses réactions à l'arrestation des juifs par des français ? " Révérend Père Lelong : " C'est une catastrophe d'avoir eu à faire ça. " M° Boulanger " Remercie la défense d'avoir produit un témoin de moralité qui n'a connu Papon qu'à la barre " et interroge le témoin sur Garaudy et une lettre signée par lui en sa faveur. Révérend Père Lelong : "Oui j'ai écrit la lettre mais ce n'est pas pour cela que je partage les idées de Garaudy " Maîtres Jakubowitz, Tubiana (Ligue des droits de l'Homme) tentent de le mettre en défaut, mais c'est finalement Maître Zaoui qui y parvient en lui faisant expliquer ce qu'il entend par pardon. " Le pardon est-il possible sans la reconnaissance des faits " Révérend Père Lelong : " Non, il faut la vérité ". Papon : " Merci, enfin je respire après les injures et les calomnies d'hier "

Puis c'est le tour de Raymond Barre, 73 ans, ancien Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, député - maire de Lyon " Cité par la défense, je ne connais Papon que depuis 1976. J'avais entendu parlé de lui avant, il avait la confiance de De Gaulle et de Debré " " Maurice Papon fut mon ministre du Budget de 1978 à 1981. Dans une période très difficile, celle du second choc pétrolier, il s'est révélé efficace et compétent, il m'a aidé à faire en sorte que les finances de la France puissent être sauvegardées. Je loue sa loyauté car bien que d'un parti qui critiquait mon gouvernement il m'a toujours été loyal " Raymond Barre affirme qu'il ne s'était pas posé de questions sur le passé de Vichy de Papon car " sa réputation était excellente " L'avocat général Marc Robert l'interroge alors " Connaissait-il les responsabilités de Papon pendant la guerre " Raymond Barre : " Non, je n'ai connu son passé qu'en 1981. " Puis interviennent nos avocats, Me Klarsfeld (fils et filles...) " Que pensez-vous des hauts fonctionnaires froids qui appliquent les ordres contraires à leur conscience " Raymond Barre : " En ce qui concerne l'administration, je n'ai jamais vu ce genre d'individus sans âme. " A mes côtés, Michel Slitinsky bout, " les avocats sont nuls, quand vont-ils lui poser des questions sur sa déclaration à l'AFP Famille Travail Patrie. Il était d'accord avec Pétain. "

C'est maintenant le tour d'un autre témoin, Olivier Guichard, 77 ans, Président du conseil régional des Pays de Loire : " Je ne suis ni juriste, ni historien, j'ai connu Papon quand il était préfet de Paris, j'étais chef de cabinet de De Gaulle. (...) De Gaulle m'en a parlé un jour, " Ha oui, Papon, préfet de Vichy était avec moi en septembre 1944 à Bordeaux. Il a rendu des services à Cusin à la Libération. " Puis Olivier Guichard explique comment De Gaulle, au nom de l'unité, a intégré les anciens cadres de Vichy à la Libération. " De Gaulle avait le désir extrêmement vif de protéger à tout prix l'unité du pays. (...)C'est ainsi qu'est né ce que certains appellent le mythe gaulliste (...) De Gaulle avait déclaré l'inexistence de Vichy pour aboutir à ce résultat. On ne pouvait incriminer des Français pour leur appartenance à un régime qui n'existait pas (...) Tous les anciens premiers ministres du général étaient fonctionnaires de Vichy mais cela n'a pas paru extraordinaire " Il cite un professeur (je suppose Pompidou) , un conseiller d'Etat et un diplomate. " Les questions qu'on doit résoudre avec soi-même sont les plus difficiles. M° Klarsfeld lui demande si Chirac n'a pas fait sa déclaration en 1995 parce qu'il a fallu attendre un président qui n'était pas majeur pendant la guerre. Olivier Guichard : " Non un autre président avait le même âge " M° Blet (ANACR) : " De Gaulle a-t-il fait des recherches sur le rôle de Papon avant la campagne électorale " Olivier Guichard : " Georges Pompidou m'a tenu les mêmes propos que De Gaulle oui, le préfet de police nous a rendu des services au moment de la Libération. " M° Blet " Vous dites bien que Papon a rendu des services à la libération pas avant la libération ? " Olivier Guichard : " Oui "

Le témoin suivant, Philippe Mestre, 70 ans, ancien préfet de région, ancien député, ancien ministre : " Je n'ai connu Papon que quand il était député, pas dans la préfectorale. Après que l'affaire a éclatée en 1981, Bourgès-Maunoury m'a fait des confidences sur les services rendus par Maurice Papon à la Résistance " " Ce qu'il disait me paraissait suffire en soi. " " Le rôle de Papon dans la Résistance entre 1942 et 1944 explique pourquoi Papon est resté en poste. " " Il ne faisait pas de doute que la solution finale, secret le mieux gardé ne pouvait pas être connu par un secrétaire général de préfecture. " " Maurice Sabatier portait seul la responsabilité de ce qui se passait ". " On attendait le retour des déportés comme celui des STO ou des prisonniers " Le questionnement du témoin par nos avocats ne donne pas grand chose, des protestations quand Philippe Mestre n'a pas d'observations à faire quand Klarsfeld lui rappelle que Bourgès-Maunoury a déclaré que Papon signait par inadvertance. Seul Tubiana, parvient à lui faire reconnaître qu'il écoutait Radio Londres tous les soirs (ou presque).

Le témoin suivant Paul Henri Watine, 53 ans, Trésorier Payeur Général à Marseille n'apporte pas grand chose " Papon était un grand serviteur de l'état - Droit - Agréable à travailler " Il n'a connu Papon qu'en 1978.

Serge Vincon, sénateur Maire de Gretz a succédé à Papon à la mairie, le porte très haut dans son estime. etc.. etc..

Il est 16 heures, le président Castagnède fait part de deux courriers qu'il a reçus, un de Valéry Giscard d'Estaing qui ne viendra pas, la défense renonce à son audition et demande à la cour de lire sa lettre et le deuxième de Guy de Rothschild, 88 ans, F.F.L., incapable de venir, de toute façon, il n'a pas connu Papon. Il est passé outre à leur audition.

Puis il est donné lecture de deux dépositions de témoins qui ne viendront pas.  

Octobre 1997
Novembre 1997
Décembre 1997
Janvier 1998
Février 1998
Mars et Avril 1998

[Composant FrontPage Image interactive]

© Copyright 1997, J.M. Matisson