Chronique du 15 décembre 1997
Papon, comme Eichmann dit avoir obéi aux ordres
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Maître Varaut " Je demande la production d'une pièce
du 16 juillet "
Le président Castagnède " Avant de diffuser cette
pièce, je vous demande Papon si vous voulez revenir sur vos déclarations d'hier et
d'avant hier ? "
Papon " Non, à la fin, je ferai des remarques
générales. "
Le président Castagnède projette la pièce. Maître Varaut
la commente, il s'agit d'un document tiré du dossier du tribunal militaire contre le KDS
devant qui furent jugés Luther et 14 membres du KDS. Luther fut condamné à 5 ans de
prison. Il présente ensuite d'autres pièces, du procès Dehan qui fut fusillé. Il
argumente en disant que toutes les pièces du dossier étaient déjà connues et que la
plainte de 1981 ne reposait pas sur des pièces cachées. Il poursuit en disant que les
crimes qu'on poursuit aujourd'hui furent déjà jugés. Il présente enfin une copie des
ordres allemands, se plaint que le président Castagnède ne les ait pas présentés. Le
président répond que s'il ne l'a pas fait c'est que dans les pièces qu'il a présenté,
les ordres initiaux étaient suffisamment explicites pour ne pas avoir à le faire.
Maître Varaut " J'ai eu une révélation ce week-end
monsieur le président. " Et montre que dès juillet 42, les allemands parlaient
d'Auschwitz. "
Sur le banc des parties civiles " sa révélation, c'est
Sainte Bergès. "
Le président Castagnède le reprend pour lui dire qu'il a une
pièce qui prouve que c'est dès juin que les allemands parlent d'Auschwitz.
Enfin, Maître Varaut " Je conclus en demandant que les
parties civiles ne posent que des questions utiles. " Il en a de bonnes, on n'a qu'à
lui soumettre nos questions ? C'est le nouveau bureau de la censure.
Maître Boulanger " On voit bien la stratégie de Varaut
derrière tout ça, il veut montrer que les faits étaient connus dès 1947 et 1953.
Maître Varaut a écrit lui-même le contraire de ce qu'il affirme aujourd'hui, au sujet
de Pétain. 150 ouvrages ont été écrits par les victimes de la déportation. Elles
n'ont pas été entendues à cette époque, elles veulent être entendues aujourd'hui. Ce
débat n'est possible juridiquement que si on écoute la voix des victimes. Quand Michel
Slitinsky veut savoir pourquoi ses parents ont été déportés et porte plainte avec sa
soeur, il subit un non lieu d'un juge militaire. La justice militaire est à la justice ce
que la musique militaire est à la musique. Papon, comme Eichmann dit avoir obéi aux
ordres. "
Papon " Un mot, je viens d'entendre Boulanger, je veux
dire que ni dans le procès Dehan, ni dans le procès du KDS, ni dans la plainte de
Slitinsky, le nom de Papon est sorti. On essaie de ressortir le nom d'une personne qui n'a
rien fait. "
Maître Levy revient sur la pièce que Varaut a présenté.
" Maître Varaut vient de faire une observation volontairement erronée (...) La
défense essaie de rattraper une réponse malheureuse de Papon vendredi, quand il
déclarait qu'il y avait aucun membre de la Feld Gendarmerie pendant la rafle. Ce que
Varaut dit est faux, le point qu'il souligne signifie exactement que la Feld Gendarmerie
accompagnera les convois de Drancy vers l'Allemagne. "
Papon " Maître Lévy dit ce qui l'arrange. (...) "
Le président Castagnède puis Maître Varaut interviennent.
Après s'être offusqué des paroles de Maître Levy qui remettent en cause son
intégrité, il s'excuse de s'être mal exprimé.
Puis Maître Klarsfeld enchaîne " Le procès du KDS
était ubuesque, Luther a dit que la répression juive était terminée en 1942. (...)
Sabatier dit Luther n'a pas poussé à la déportation. Papon aujourd'hui dit que Luther
est une bête sanguinaire. (...) Dès le 6 juillet, les allemands demandent trois jours de
ravitaillement, le convoi devait aller directement de Bordeaux à Auschwitz. Pourquoi
trois jours de ravitaillement ? Trois jours cela signifie que la destination, c'est
l'Allemagne. " Le président Castagnède acquiesce de la tête. " Merci à
Maître Varaut parce que vous venez de prouver qu'un haut fonctionnaire comme Papon ne
pouvait pas ignorer que les juifs devaient aller en Allemagne ou en Pologne annexée.
"
Maître Favreau explique enfin " (...) Papon se trompe
une fois de plus. Il a été cité à plusieurs reprises dans les procès Dehan et du KDS.
Il rappelle que si Dehan mérite sa peine, il a payé aussi pour d'autres (...) Dehan dit
qu'il recevait les ordres de la préfecture (...) or quand on interroge la préfecture et
qu'on vient y chercher le fichier, on se fait répondre " on ne possède rien, ce
service quand il apprenait indirectement une arrestation le notait sur le fichier. Avec ce
qu'on sait aujourd'hui, on est effaré. "
Le président Castagnède donne enfin la parole à l'avocat
général Robert. Celui-ci commence par reposer le cadre général de façon simplifiée...
La suite prochainement.
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