Appel de Souges (M.D. Matisson)
ADRESSE DE MAURICE-DAVID MATISSON À LA MÉMOIRE DE TOUTES LES VICTIMES DES NAZIS ET DE LEURS COMPLICES DE LADMINISTRATION ET DE LA POLICE DE VICHY
Je tiens à madresser à vous, dans limpossibilité dêtre présent avec vous, ici, sur les lieux où furent parqués côte à côte des résistants: Gaullistes, Communistes, Chrétiens, Juifs, Libres-penseurs; mais aussi, des enfants, des adultes et des vieillards juifs, Tous ont quitté le camp de Mérignac et de Souges vers lextermination. Certains ont pu en réchapper comme mes amis Germaine Bonnafons, Georges Durou et notre regrettée Régine Chassaing, entre autres.
Pierre Messmer a estimé que ceux qui ont résisté les armes à la main ont sauvé lhonneur de la France. Maurice Druon a identifié les juifs à des brebis qui se laissaient faire Il sest demandé pourquoi ils nont pas pris les armes, pour résister à leurs tortionnaires !Après ces grandes envolées lyriques et littéraires, revenons aux tragiques pépins de la réalité des faits :
1/ Ils ont bien eu tort, les patriotes -dont un certain nombre furent Juifs- qui marchèrent vers les poteaux dexécution de Souges et tombèrent glorieusement, sans résister les armes à la main?
2/ Le 26 octobre 1942, elles ont bien eu tort ces 38 juives (pour ne pas parler des 26 hommes) de navoir pas pris les armes pour résister à leurs bourreaux français qui les conduisaient dans les wagons à bestiaux vers la mort. Il sagit dAlice Smil (1 ans et demi), Dolhi Lahmi, (2 mois), Henri Allouche (2 ans), Colette Allouche (4 ans), , Bernard Kolerstein et Régina Wilolowski (5 ans), Georges Allouche, Albert Fogiel, mon cousin et Léonie Smil (6 ans), Claude Sarfati (7 ans), Régina Hasson (11 ans), Judi Ascherman (87 ans), Babora Rieber (84 ans), Bertha Anspactuva et Rachel Balbin (77 ans), Ida Drucker et Frédérika Sternova (72 ans), Malka Kovner, Silka Schrager, Marie Roos et Zity Schwarz (67 ans), Hana Ravedin, ma grand-mère (66 ans), et, pour ne pas allonger la liste 9 personnes de 65 à 60 ans.Nous, les survivants qui portons un deuil impossible, laissons à leurs généralisations emphatiques les anciens Ministres et autres fonctionnaires et, nous simples gens du peuple, recueillons-nous devant nos morts avec lintelligence de nos coeurs, simplement Ne séparons pas les victimes du même abject ennemi vichyste et nazi ! Ne les séparons pas par de subtils « trémolos » patriotiques aux relents hitlériens et pétainistes qui nous identifiaient ensemble en tant quennemi : le Juif, le Communiste et le Franc-maçon. La Résistance et le Martyre ne se divisent pas! Ce serait une insulte à nos camarades différents mais unis au combat et tombés au champ dhonneur pour la patrie des Droits de lHomme! Je concluerai en reprenant dune seule voix ce que nous écrivions récemment Georges Durou et moi : « Lennemi commun était lennemi de la patrie des Droits de lHomme et de la République. Tous nos martyrs sont morts pour lavoir chérie et avec elle la Liberté. Tous sont égaux dans la mort où il ny a pas dexclusion. Lhéritage quils nous lèguent par delà les poteaux dexécution et les fours crématoires, cest le devoir de se souvenir, de punir leurs bourreaux et, comme ils le sont dans la mort, dabolir lexclusion, de franchir les frontières de nos étroitesses pour rester fraternels par delà nos diversités.
Maurice-David Matisson
Rescapé de la rafle du Vel dHiv, Croix du Combattant, Croix du Combattant volontaire de la Résistance, Croix du combattant volontaire avec barrette 1939-1945, Combattant de moins de 20 ans, Premier plaignant dans le procès Papon (à la mémoire de ses 8 parents qui ont transité à Mérignac )
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